Au-delà des calculs économiques
Je ne crois pas nécessaire d’énumérer tous les arguments et tous les calculs qui nous permettraient de prouver que la gratuité scolaire n’est pas utopique. Je vais plutôt me concentrer sur le réel enjeu, sur le vrai débat entourant la hausse des frais de scolarité : c’est un combat idéologique. L’éducation est-elle un droit ou un privilège réservé à une élite économique?
Je suis tanné d’entendre que les étudiants du Québec sont des paresseux, qu’ils ne veulent pas travailler. Savez-vous seulement toute l’énergie qu’ils mettent dans leurs études? Ils sont loin d’être des paresseux, au contraire, ils sont en train de bâtir la société de demain. Ces mêmes étudiants qui, depuis bientôt un an, préparent cette grève, se mobilisent, informent les autres personnes qui fréquentent leur cégep, leur université, qui restent des soirs et des journées entières à l’école pour préparer des actions, des assemblées générales et des manifestations. Si vous les trouvez toujours paresseux, j’aimerais bien savoir sur quelle définition vous vous basez.
Je vois déjà votre prochain «argument» arriver. «Et le grabuge, tu en fais quoi?» Premièrement, il faudrait remettre en perspective ce qui est réellement du grabuge. Le grabuge n’est pas, comme aimeraient nous le faire accroire les médias de masse, des collants apposés à un mur ou des meubles empilés. Des étudiants qui font des barricades pour tenter de se protéger de la police peuvent paraître violents, mais ce l’est beaucoup moins que le système dans lequel nous vivons. La hausse à elle seule empêchera des milliers d’étudiantes d’avoir accès aux études supérieures, condamnera des milliers de personnes à vivre dans la pauvreté et creusera encore plus l’écart entre les riches et les pauvres. Vous ne voyez que du grabuge lors de grèves étudiante? Moi, je vois de la solidarité, de l’organisation, des gens qui se battent pour leurs droits (et les vôtres), je vois des gens qui veulent une société sans injustice, je vois un sens de la communauté, je vois des gens qui se donnent corps et âme pour mobiliser et informer. Je vois des gens qui tentent de faire en sorte que l’éducation soit accessible pour tous et toutes.
La jeunesse du Québec est en train de prouver qu’elle est capable de s’impliquer socialement et politiquement, elle lance un message clair à ces élites politiques et économiques, elle veut une société plus juste, plus équitable pour tous et toutes et elle est prête à tout pour y arriver. La grève étudiante se veut un appel à la solidarité.
Les étudiants du Québec auront besoin de l’appui de la population, il faudra donc que la population soit très critique face à l’information qu’elle recevra, qu’elle discute avec les étudiants en grève, qu’elle se renseigne et, espérons-le, qu’elle se mobilise avec nous.
– François-Xavier Clermont, Étudiant en travail social au Cégep du Vieux-Montréal