Fukushima, un an plus tard
Dimanche, il y aura un an qu’environ 20 000 personnes perdaient la vie quand un tsunami frappait la côte est du Japon. La catastrophe devait aussi endommager la centrale nucléaire de Fukushima. Aujourd’hui, des résidants sont encore déplacés et gardent un mince espoir de pouvoir un jour rentrer chez eux.
Il y a un an, un tremblement de terre a soulevé les eaux de la côte de Fukushima, une ville tranquille du centre du Japon. La secousse de 8,9 sur l’échelle de Richter a causé un tsunami qui a frappé la centrale nucléaire de la ville. En quelques minutes, trois de ses réacteurs ont surchauffé et ont relâché des nuages de vapeur radioactive.
«J’étais chez moi, dans ma ferme, se rappelle Tatsuko Ogawara, une agricultrice qui habite à 40 km de la centrale. Un compteur Geiger que j’avais acheté il y a 26 ans indiquait que les radiations étaient 30 fois plus élevées que la normale. J’ai alors voulu partir pour l’ouest du pays. Mais j’ai respecté la décision de mes enfants et nous avons décidé de rester.»
Un an plus tard, la femme vit toujours dans sa ferme. Mais la région de Fukushima a bien changé. La zone interdite de 20 km autour de la centrale n’est maintenant traversée que par quelques animaux. «Une aire de 13 000 km2 est toujours contaminée, selon les normes internationales, explique Jan Beranek, un spécialiste du nucléaire de Greenpeace, qui a mesuré la radioactivité de l’endroit. Ça va prendre trois décennies avant que la radioactivité ne disparaisse. D’ici là, Fukushima demeure une bombe à retardement. La question de l’eau contaminée nous préoccupe tout particulièrement.»
Pour Mme Ogawara et sa famille, la radioactivité est une préoccupation de tous les instants. «Le degré de radiation de nos récoltes est un problème, indique-t-elle. Nous avons perdu de nombreux clients à cause des craintes. Et je m’inquiète pour la santé de mes enfants.» L’aînée des Ogawara a déjà quitté le secteur.
Pendant que les autorités et TEPCO, l’entreprise qui est responsable de la centrale nucléaire, réparent les pots cassés, bien peu d’attention est accordée à la santé des habitants de la région. «La décontamination est devenue une business et de grosses affaires se brassent ici. Mais l’argent n’est pas investi dans la communauté, il va dans les poches des entreprises.» Il a été impossible de joindre un représentant de TEPCO pour obtenir des commentaires.
Malgré tout, Fukushima a changé la face du Japon. Le pays envisage d’éliminer le nucléaire de son territoire.
***
Impact mondial
Entrevue avec Michael McKinzie, Scientifique au Conseil de défense des ressources naturelles.
Quel a été l’incidence réelle de l’accident de Fukushima?
En termes de radiations, c’était à mi-chemin entre les accidents de Tchernobyl et de Three Mile Island. Mais ça aurait pu être bien pire puisque le vent a soufflé le panache de fumée vers l’océan.
Et les effets sur le nucléaire à l’échelle mondiale?
L’Allemagne a déjà fermé huit réacteurs et les neuf qui restent vont cesser d’opérer d’ici 2020. L’Italie ne ressuscitera sûrement pas son programme nucléaire, et la Suisse devrait fermer ses installations. Au Japon, seuls quelques réacteurs sont encore en opération. Mais en Chine, où le nucléaire a rapidement gagné en popularité, les plans demeurent inchangés.
***
«Les jeunes veulent partir»
Plus tôt cette année, le photographe néerlandais Robert Knoth s’est rendu à Fukushima pour prendre le pouls de la population. «Même en dehors de la zone interdite, on trouve beaucoup de villages vides, raconte-t-il. Il n’y a que quelques irréductibles qui ne veulent pas partir. Plusieurs y sont depuis des années.» Et la catastrophe a causé des désaccords au sein même des familles. «Les jeunes ne croient pas le gouvernement quand il dit qu’il est sécuritaire de rester, explique M. Knoth. Ils veulent partir, mais ça crée des conflits puisque, traditionnellement, les familles japonaises prennent les décisions ensemble.»
Les 50 de Fukushima
Les 50 de Fukushima sont les travailleurs qui ont pénétré dans la centrale quelques heures après l’incident. Puisque toutes les autres mesures avaient échoué, les 50 ont dû pomper de l’eau de mer sur les réacteurs qui avaient surchauffé. Six travailleurs ont déjà dû quitter leur poste à cause des radiations. En décembre dernier, Masao Yoshida, qui supervisait l’opération, a aussi quitté son emploi pour des raisons de santé.