On a les moyens
Cette lettre répond à une autre publiée dans cette page lundi.
Le PDG de la Chambre de commerce de Montréal, Michel Leblanc, affirme solennellement que l’éducation est un investissement qui va rapporter gros. Que les étudiants investissent, ils auront plus de chance de se faire une place parmi les gagnants – entendre, les plus riches de notre société.
La course aux gagnants/winners est ouverte au Parc Jurassique. Avez-vous idée du nombre d’étudiants finissants qui s’endettent et ne trouvent pas d’emploi dans leur «domaine très payant»? Que chacun fasse sa juste part d’investissement, dit notre PDG et les autres chantres du néolibéralisme, jusqu’au ministre des Finances. Mais que veut dire cette expression, selon vous? Que tout le monde paie la même chose quels que soient ses revenus? Les riches font-ils leur part? Les échelles d’impôt ont été réduites à trois depuis longtemps, ce qui les favorise, eux qui bénéficient déjà de plein d’entourloupettes fiscales pour échapper à l’impôt. On nous déclare que le gouvernement n’a plus d’argent, qu’on vit au-dessus de nos moyens… Les cadres supérieurs des universités et autres institutions publiques comme la Caisse de dépôt empochent les augmentations de salaire et les primes de départ faramineuses avec une indécence insultante. À combien s’élève le gaspillage de fonds publics par l’UQAM dans l’Îlot Voyageur déjà? Aux dernières nouvelles, à 510 M$. Combien pour dépolluer les sites miniers abandonnés? Va-t-on écouter les leçons de morale d’un gouvernement qui gère le budget de l’État comme une passoire, gaspillant des milliards en dépassements de coûts et en contrats offerts aux amis du parti? Qui déroule le tapis rouge libéral aux minières et gazières, n’attend que des peanuts en redevances, les arrose de subventions, leur construit même une route
de 350 M$ dans la toundra?
On ne peut servir l’argent comme un maître et avoir à cœur la justice et le bien commun des citoyens. Comme on ne peut enfermer la question des frais de scolarité dans un raisonnement grand comme une boîte téléphonique, soit celui d’un investissement. L’accès universel et gratuit à l’éducation et aux services de santé est un projet de société beaucoup plus juste et humain que celui du chacun pour soi individualiste des libéraux qui déchire la solidarité sociale. On a les moyens d’une société équitable!
– Gérard Laverdure, Montréal