Situation au Honduras: Un peuple en crise qui n'aspire qu'à la paix
Notre journaliste a récemment parcouru le Honduras. Elle y a constaté que le peuple aspire surtout à la paix et est divisé quant au bien-fondé du retour du président déchu, Manuel Zelaya.
Alors que la communauté internationale exige le retour du président déchu Manuel Zelaya à la tête du Honduras depuis le coup d’État du 28 juin, une grande partie de la population ne demande que le maintien de la paix dans le pays. Et cette paix actuellement précaire est, aux yeux de plusieurs, incompatible avec la restitution de Zelaya. Cette version de l’histoire est peu racontée par les médias du monde. C’est pourtant celle qu’on découvre en mettant les pieds dans ce pays.
honduras. «Moi, je n’irai pas voter [aux prochaines élections] le 29 novembre. Les politiciens ici sont tous corrompus, comme la police, comme l’Église. Peu importe qui est au pouvoir, c’est la même chose», raconte RolanÂdo en conduisant sa jeep grise entre les kiosques de fruits, les vendeurs ambulants et les Honduriens qui peuplent les rues de San Pedro Sula, la capitale économique du Honduras.
Rolando effectue un virage et la Place publique apparaît. Entre l’église et l’hôtel de ville, un parc décoré d’une fontaine et de quelques bancs grouille de monde. C’est une manifestation, explique Rolando, qui ne semble pas surpris. Au centre, un homme parle justement de corruption à la fouÂle qui l’écoute pacifiquement.
Sur les bâtiments tout auÂtour, de récents graffitis attirent l’Å“il. «Dehors, MEL!» «Fini la corruption!», «La démocratie au peuple, pas à l’armée!», peut-on lire. La population ne réclame donc pas en majorité le retour au pouvoir du président déchu Manuel Zelaya?
«Les gens ont des opinions politiques différentes, mais nous savons tous que le pays risque de sombrer dans la révolution si Zelaya reprend le pouvoir, explique un soir Salvador Sanchez, qui connaît son pays comme le fond de sa poche, lui qui y travaille comme guide touristique depuis 28 ans. Tout le monde ou presque a une arÂme ici. Les gens sortiront dans la rue, et ce sera terrible. PerÂsonne ne veut ça. Le HonÂduÂras n’est pas un pays violent.»
Le calme d’un pays en crise
C’est en effet un pays plutôt calme qu’on découvre en atterrissant parmi les 7,3 millions d’habitants des plus pauvres de l’Amérique latine. Les manifestations d’une minorité active sont plus fréquentes dans les grandes villes, comme San Pedro Sula et la capitale du pays, TeguÂcigalpa, d’où proviennent les images d’un climat d’agitation et de répression policière diffusées par les médias.
Mais dans les autres villes et villages, qu’ils soient à flanc de montagnes, en bordure des routes sur les rives, isolés par une végétation dense, ou même sur l’île d’AmaÂpala, dans l’océan Pacifique, la vie suit son cours plutôt habituel. Les femmes préparent les tortillas, les homÂÂmes travaillent aux champs, les enfants courent pieds nus entre les petites maisons de tôle, de bois et de terre, certains paysans mendient et d’autres vendent leur maïs et leurs fruits le long des routes.
«Zelaya a fait de bonnes choses pour le peuple, en augmentant le salaire minimum par exemple, mais son gouvernement était aussi corrompu que les autres, et ses liens étroits avec Hugo Chavez ne plaisaient pas», explique Salvador Sanchez.
«Il n’y a pas eu de coup d’État ici, insiste pour sa part Oliver Lang, un Allemand qui vit au Honduras depuis maintenant quatre ans. Zelaya a tenté de défier la loi; la justice et l’armée ont bloqué sa tentative, tout simplement.»
Des commentaires comme ceux-ci sont fréquents dans le pays. «Le Honduras de cet été 2009, c’est aussi un pays où « le peuple » n’est pas à 100 % derrière son président, même après son éviction brutale et illégitime, écrivait le 13 juillet dernier François BrousÂseau, chroniqueur et analyste aux affaires internationales à Radio-Canada. On est devant un cas où le « bon droit » de la légalité internationale peut s’opposer à la volonté d’une bonne partie de la population d’un pays où l’on applaudit les putschistes.»
Couverture médiatique
Mais pourquoi ces points de vue sont-ils si peu entendus à l’extérieur des frontières honduriennes? «La presse a tendance à se centrer sur les personnalités publiques, souligne Florian Sauvageau, journaliste chevronné et professeur au Département d’information et de communication de l’Université Laval. Le peuple hondurien n’est pas organisé, n’a pas de porte-parole et ne tient pas de points de presse pour exprimer son point de vue. Il faut se promener pour entendre l’opinion de la population, ce qui est plus difficile à faire quand il n’y a aucun correspondant étranger dans le pays en question, comme c’est probablement le cas dans ce petit pays.»
Une opinion publique polarisée et manipulée
Claude Morin, professeur d’histoire de l’Amérique laÂtine à l’Université de MontÂréal, a toutefois une vision différente de l’opinion publique au Honduras. Selon lui, l’opinion est certes polarisée quant au coup d’État. Mais M. Morin croit qu’une bonne partie de la poÂpulation est derrière Zelaya.
«Si des gens se sont retournés contre Zelaya, c’est à mon avis en partie attribuable à la propagande faite par les méÂdias, surtout télévisuels, possédés par les familles les plus influentes du pays et qui sont par conséquent de droite, du côté du putschiste MicheÂletti», avance le professeur. Chose cerÂtaine, il y a une grande manipuÂlation de l’opinion publique.»
Bref, difficile d’avoir l’heure juste à travers le brouhaha que suscite un conflit politique comme celui-ci. «Personne n’aime les coups d’État. C’est difficile d’être d’un côté ou de l’autre quand l’armée décide de prendre le contrôle», conclut le journaliste Florian Sauvageau.
La situation au Honduras:
- Un peuple en crise qui n’aspire qu’à la paix
- Les plus pauvres paient le prix de la crise
- Et maintenant?
Ce reportage a pu être réalisé grâce à la bourse de Reportage international de l’ACDI-ACJ.