Ange et démon

Derrière son visage d’ange se cache une meurtrière. La justice italienne a donc tranché : Amanda Knox passera les 26 prochaines années de sa vie en prison pour avoir tué sa colocataire à coups de couteau. La condamnation a suscité tout un tollé aux États-Unis. Les préjugés sur le système juridique italien sont nombreux. Alors, chaque Américain à l’étranger doit-il jouir d’un statut diplomatique et faire impunément ce qui lui plaît?

Bien sûr, la question est oiseuse. Les États-Unis ne rêvent pas de voir leurs fidèles alliés refuser de juger tout Américain ayant commis un crime sur leur sol. Dommage, doit se dire la famille de la jeune étudiante de Seattle. Devant un tribunal américain, elle aurait pu miser sur le fameux «doute raisonnable».

On peut certes se demander si un accusé peut véritablement avoir un procès juste en Italie où la presse se permet de le démoniser, comme cela a été le cas pour Amanda Knox, qualifiée de diablesse aux idées perverses. Seulement 16 %  des Italiens, selon un sondage de novembre, croient d’ailleurs en l’impartialité de leur justice.

Dès l’annonce du verdict le 6 décembre, Hillary Clinton, la secrétaire d’État, a promis d’étudier le dossier avant qu’il ne devienne un contentieux diplomatique avec Rome. Les médias US n’ont pas perdu de temps et ont parlé d’antiaméricanisme. C’est souvent le même refrain quand un des six millions d’Américains vivant à l’étranger se retrouve devant les tribunaux.

C’est un peu pour cette raison que les États-Unis refusent d’adhérer à la Cour pénale internationale chargée de juger les crimes contre l’humanité. La CPI pourrait alors condamner des ressortissants américains, militaires ou non, en raison de leur rôle dans un conflit ou dans l’actuelle «guerre contre le terrorisme».

Un mois avant la sentence contre Amanda Knox, un tribunal italien avait d’ailleurs condamné in absentia une vingtaine d’agents de la CIA pour le rapt d’un iman égyptien à Milan, transféré au Caire où il a été torturé avant d’être libéré. Le jugement est symbolique mais le verdict est une première mondiale, ce qui a de quoi inquiéter Washington.

Avec ou sans Barack Obama, les États-Unis ont tendance à voir le monde en noir et blanc, et leur vision de la justice est assez unilatéraliste quand il s’agit de juger certains de leurs citoyens à l’étranger.

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