Toutes voiles dehors

Il est partout. Son visage voilé a vite fait le tour de la blogosphère. Après Neda Aga-Soltan, frappée en juin dernier d’une balle au cÅ“ur, Majid Tavakoli est devenu, depuis son arrestation le 7 décembre, la nouvelle figure emblématique de la révolte des jeunes iraniens, événement fort de l’année 2009.

«Nous sommes tous des Majid Tavakoli», scandent désormais les opposants au régime islamiste et à la réélection de controversée son président, Mahmoud Ahmadinejad. Dans un pays où les shahids (martyrs) sont légion, l’étudiant de 23 ans a de nombreux «disciples», portant comme lui le voile.

Pourquoi se couvrir la tête? Tout a commencé par la diffusion d’un cliché montrant Tavakoli déguisé en femme pour tromper la police lancée à ses trousses. Ses partisans croient plutôt que les autorités l’ont forcé à revêtir le tchador afin de l’humilier. Qui dit vrai? Peu importe, des vidéos inondent YouTube et montrent de jeunes hom­mes voilés de vert – la couleur de l’opposition – en signe de solidarité avec Tavakoli, qui a déjà passé 15 mois en prison pour ses nombreuses critiques du régime.

Prendre le voile, c’est aussi saluer le courage des Iraniennes, de plus en plus déterminées à monter aux barricades, dans un pays où juridiquement elles ne valent que la moitié d’un homme.

On le voit, l’opposition au régime des ayatollahs ne s’essouffle pas malgré l’arrestation de 4 000 personnes et la mort d’une soixantaine de manifestants, dont Neda Aga-Soltan, depuis la réélection de l’islamo-populiste Ahmadinejad le 12 juin. L’étudiante de 26 ans, dont l’agonie a été filmée par un téléphone portable, est devenue instantanément une icône  de la jeunesse iranienne (70 % de la population), fer de lance de l’opposition.

À défaut de voir le prix Nobel de la paix décerné à Neda, les contestataires auraient aimé entendre le lauréat Barack Obama, mentionner au moins son nom. Les jeunes opposants cherchent à présent à se rassembler autour de Majid Tavakoli. Leur mouvement vert, avec
ou sans le voile, ne risque pas de battre de l’aile en 2010, malgré la répression des six derniers mois.

À l’évidence, la République islamique traverse la pire crise de son histoire, depuis sa création en 1979. Les fissures au sommet sont nombreuses et elles vont s’accentuer avec la mort, hier, de l’ayatollah dissident Hossein Ali Montazeri. L’Iran cherche peut-être à se doter de l’arme atomique, mais son régime pourrait imploser bien avant.

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