Une vache nommée SAQ

Noël. Nous paquetons les petits et filons sur la route enneigée. Direction : Montebello. Bucolique village coincé entre la montagne et la rivière Outaouais, où la famille nous attend. En chemin, l’arrêt traditionnel : la LCBO d’Hawkesbury. Je quitte cette «SAQ ontarienne» avec deux caisses de rouges. Des centaines de Québécois font comme moi. Normal. La plupart des bouteilles coûtent moins cher qu’au Québec, avec plus de choix. (La LCBO est un monopole public comme la SAQ. Juste moins vorace.)

Mais pourquoi attendre Noël? Nous pourrions trouver des vins encore moins chers, ici à Montréal… si on brisait le monopole de la SAQ.

Les défenseurs du statu quo répètent que la SAQ est une «vache à lait» pour l’État. Mais d’où vient ce généreux dividende que verse la SAQ? De nos poches de consommateurs captifs, qui payons trop cher nos bouteilles. La seule raison pour laquelle la SAQ réalise un profit anormalement élevé, c’est son statut de monopole. Sans concurrent, elle peut saigner le consommateur. Savez-vous quelle marge se prend la SAQ sur chaque bouteille? De 40 % à 135 %. Elle achète un vin 5 $, se prend une cote de 7 $, et le revend 15 $ (incluant les taxes). J’exagère? Lisez l’éclairant Où sont les vins?, de Frédéric Laurin. Tout y est. Oui, la SAQ est une vache à lait pour les politiciens. Mais c’est nous, les consommateurs, qui nous faisons traire!

Faut-il privatiser la SAQ? Pas nécessairement. Un monopole privé serait aussi pire. Ce qu’il faut : plus de concurrence. Permettre l’ouverture de boutiques de vins pour concurrencer la SAQ. Également, permettre aux gens d’acheter des bouteilles de partout dans le monde via l’internet, sans passer par cette société d’État. Un exemple : vous aimez le Shiraz Jacob’s Creek 2007? On en trouve à 6,53 $ au New Jersey. À la SAQ, la même bouteille coûte 14,90 $. Ce vin et des milliers d’autres s’achètent par l’internet. Livrés à votre porte en moins de deux semaines.

Soyons clairs : le problème n’est pas la SAQ en tant qu’entreprise. C’est l’interdiction de concurrence. En Belgique, pays non producteur dont la population et la culture ressemblent au Québec, le marché est libre. Des centaines de cavistes se font compétition. La diversité de bouteilles est le triple d’ici, pour le tiers du prix.

Libérer le marché pourrait même augmenter les revenus de l’État, estime Frédéric Laurin. Car des bas prix entraîneraient plus de ventes, donc de taxes. Les Québécois aiment le vin. Ils sont curieux et connaisseurs. Ils méritent mieux qu’un monopole au goût amer.

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