Une barbarie moderne

Le drame et la souffrance «en direct» utilisés par les médias de l’information sont des biens de consommation qui se vendent à merveille. Et le triste séisme en Haïti a généré et a fait déferler à son tour des milliers d’images de cette détresse.

Je n’ai jamais eu de télévision et je me suis toujours informée à travers la lecture de revues spécialisées, de livres et de discussions. Je n’ai donc vu aucune image de la tragédie en Haïti, mais je considérais avoir amplement d’information à la radio afin de sentir ce qui se passait là-bas. Puis en allant faire des courses, mon regard est tombé sur la première page d’un journal où l’on voyait l’image d’une main qui pendait à travers les débris.

C’est la seule image d’Haïti que j’ai vue et c’était assez pour moi. À ce moment une tristesse incroyable m’a envahie, car je savais qu’encore une fois on allait s’emparer, comme des vautours, à la souffrance des autres afin d’augmenter les cotes d’écoute et de mieux vendre.

Oyez! Oyez! Photos toutes fraîches à saveur tropicale directement d’Haïti pour assouvir votre besoin de sensations fortes… Mais le grand danger d’accepter ce déferlement d’images sous prétexte d’être bien informés, c’est la «désensibilisation» de nos émotions et de notre conscience.

Je considère qu’utiliser la très grande vulnérabilité des gens afin de faire fonctionner la «machine journalistique» est un geste violent.

Photographier et filmer des gens dont le cÅ“ur, le corps et l’âme sont complètement meurtris est totalement immoral. Ça ne fait pas partie de mon échelle de valeurs. Je ne prends pas tout ce qu’on me donne; je choisis.

Lorsque je dois faire un choix dans ma vie personnelle et que la liste des côtés négatifs pèse plus lourd dans la balance, mon choix se fait automatiquement. Je dis simplement non. Je dis non aux médias tels qu’ils sont aujourd’hui et je choisis certains types d’information plus humains. Oui, il est possible de bien s’informer sans toutes ces images. Oui, il est possible de pleurer sa tristesse et d’être solidaire d’un peuple sans toutes ces images. Oui, il est possible d’ouvrir son cÅ“ur et de sentir de la compassion sans toutes ces images.

Julie Galipeau

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