Le tailleur et le lobbyiste

La nouvelle a de quoi réjouir Georges de Paris, le tailleur marseillais de Washington qui habille non seulement tous les présidents américains depuis 1963 mais aussi bon nombre de lobbyistes de la capitale. Jeudi, la Cour suprême a donné le feu vert à leur multiplication.

Le plus haut tribunal des États-Unis a essentiellement statué ceci : il n’y a dé­sormais plus de limites au financement corporatif des campagnes électorales. En clair : toute entreprise ou syndicat, par exemple, peut puiser allégrement dans sa trésorerie pour chercher à influencer le résultat d’une élection. Concrètement, c’est du pain béni pour les groupes de pression.   

Au dernier décompte, il y a 34 750 lobbyistes à Washington; la plupart sont sur K Street, le grand boulevard à quelques pas de la Maison-Blanche. Ils gagnent en moyenne 300 000 dollars annuellement. Beaucoup plus que lorsqu’ils étaient parlementaires, car la moitié d’entre eux ont siégé au Congrès.

Dans la guerre de tranchées entre démocrates et républicains pour réformer le système de santé, pierre angulaire de la politique intérieure de Barack Obama, plus de 3 000 lobbyistes se battent bec et ongles pour le compte d’un millier de compagnies d’assurances et de firmes pharmaceutiques notamment. C’est en moyenne six lobbyistes pour chaque membre du Congrès.

Depuis toujours, l’industrie du lobbying (plus de trois milliards annuellement) fait partie du décor politique américain. Parce qu’elle est surtout affaire d’argent, on l’associe souvent aux pots-de-vin et à la corruption.

L’«affaire Jack Abramoff» est là pour le rappeler. Les aveux d’escroquerie du roi des lobbyistes avaient fait trembler toute la classe politique en 2005. Il avait notamment avoué avoir généreusement versé des pots-de-vin à plusieurs membres républicains du Congrès. Il doit sortir de prison en décembre.

Les groupes d’intérêt favorisent aussi les débats et les compromis, selon la Cour suprême. Peut-être, mais Barack Obama estime, lui, qu’ils «mobilisent leur pouvoir tous les jours à Washington pour étouffer la voix des Américains ordinaires».

Difficile en effet de croire que les lobbys, de manière générale, défendent les sans-voix. George de Paris, lui, ne fait pas de politique. Son seul carnet d’adresses est celui de ses clients.

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