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Don Quichotte à New York

Tel Don Qui­chotte prenant les moulins à vent pour des tyrans géants, David Paterson se bat avec l’énergie du désespoir contre les éoliennes de la rumeur qui soufflent cancans et petites histoires sur sa personne. Mais le gouverneur de l’État de New York affronte des adversaires beaucoup plus insaisissables que ceux du héros de Cervantès : les médias.

Il y a quelques jours, les tabloïds de la métropole américaine annonçaient que le New York Times allait publier un article qui forcerait le gouverneur démocrate, aveugle et noir, à démissionner. Le «papier» explosif n’est toujours pas sorti, mais telle une traînée de poudre, la rumeur s’est rapidement répandue dans la blogosphère.

De quoi s’agit-il? D’une histoire mêlant sexe, drogue et corruption. Que sait-on de plus? Rien.Trois fois rien. The Old Gray Lady, comme est affectueusement appelé le NYT Times, reste bouche cousue. Pourquoi ne publie-t-elle pas l’article une fois pour toutes? Cherche-t-elle le maximum de battage publicitaire avant la parution tant attendue?

Le prestigieux quotidien a bien eu une interview de 90 minutes avec Paterson, mais n’en dit pas plus. C’est assez pour alimenter toutes les rumeurs, ces récits troués dans lesquels on peut tout mettre. Il suffit d’avoir une source fiable pour que le plus vieux média du monde soit colporté par tous les canaux et, à l’heure des nouvelles technologies, la rumeur galope follement dans tous les sens.

Le gouverneur, qui a remplacé en mars 2008 Eliot Spitzer, mis en cause dans une affaire de prostitution, nie tout. On veut sa peau, assure-t-il, laconique. Tout homme politique victime de folles rumeurs et ayant un taux de popularité dépassant à peine les 25 % tiendrait le même discours, sauf que…

«Paterson a déjà admis avoir été infidèle et ont pris de la drogue dans le passé, on ne parle donc pas de saint François d’Assise!» explique Casey Seiler, journaliste au Albany Times (échange de courriels). Cela ne fait pas pour autant du 55e gouverneur new-yorkais un quelconque coupable d’un quelconque scandale.

Mais aujourd’hui, plus qu’hier, ce qui est vraisemblable devient aussitôt vérité, et si le New York Times attend peut-être la confirmation de certains faits avant de publier son histoire, il est déjà trop tard pour David Paterson.

Tous les jours, il conjure le journal de sortir la nouvelle.  Plus la Vieille Dame Grise attend, et plus le 55e gouverneur new-yorkais aura du mal à se relever politiquement, même si la rumeur fait long feu et retombe comme un soufflé.

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