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Rions beaucoup et que l'éthique soit avec vous

Je me dois d’être plus positif, me répètent inlassablement mes thérapeutes Pancho et Ramon. Depuis une semaine, je le suis. Un peu de lucidité me fera grand bien. Je vois maintenant la vie en rose, comme le chantait Édith Piaf. Ainsi, je lis dans La Presse du 11 septembre 2008 : «Les commerçants se rebiffent contre les hausses de tarifs de Visa et Mastercard.» Puis, dans Le Journal de Montréal du 4 octobre 2008, on apprend que l’Association des restaurateurs du Québec s’est ralliée au regroupement de commerçants contre ces frais de crédit exorbitants. Et le chef du NPD, Jack Layton, qui en rajoute, avec raison, et qui veut changer la loi sur les frais de banque. Dans Le Journal de Montréal du même jour, il a dit : «Ce n’est pas normal de payer 2 $ à chaque fois qu’on veut sortir son propre argent de son compte. C’est un vol.» Et dans Le Devoir du 22 décembre 2009, on apprend que sept banques et firmes de courtage devront verser 139 M$ d’amendes pour avoir continué de vendre du papier commercial toxique à leurs clients, juste avant qu’éclate la crise financière de 2007, dont elles sont responsables et qui nous a coûté 200 G$ en fonds publics pour aider nos banques canadiennes à s’en sortir honorablement.

Tout ça, c’est fini! Le Devoir du 27 juin 2009 signale que : «Ottawa crée un groupe de travail qui analysera les façons d’améliorer les connaissances des Canadiens sur les produits et les services financiers.» Cette approche «informative» est beaucoup mieux que les mesures coercitives de Barack Obama aux États-Unis, signalées dans Le Devoir du 23 mai 2009. Mieux vaut laisser le marché libre s’autodiscipliner. Ce groupe d’experts composé strictement, comme il va de soi, de représentants d’institutions financières, devrait en profiter pour améliorer ses propres connaissances, entre autres, sur leurs véhicules financiers pourris. Le vice-président de ce comité, l’inégalable Jacques Ménard de la Banque de Montréal, a dit : «Informer pour éviter les mirages.» On va donc continuer à se faire arnaquer par les banques mais ce sera en toute connaissance de cause. Une autre suggestion au dit groupe d’experts : Peuvent-ils nous instruire sur les multiples façons utilisées par les banques procèdent pour évacuer chaque année des milliards de dollars dans les paradis fiscaux? Je pourrais enfin l’enseigner à mes étudiants.

Quant à la qualité de l’information diffusée par les médias écrits, elle atteindra le summum le jour où le patronat appliquera la recommandation de l’ex-président de la Banque Nationale, l’indépassable André Bérard, tel que rapporté dans Le Soleil : «Bérard invite les gens d’affaires à "acheter" des articles dans les journaux.» Ses pairs l’ont mal compris… ils ont plutôt acheter les journaux. Pas grave, on y gagne en termes d’indépendance et d’éthique. En passant, il a aussi dit qu’il fallait fermer les régions «non rentables», laisser les plus faibles et les plus pauvres se débrouiller entre eux et permettre aux plus riches de s’offrir ce qu’il y a de mieux en santé privée. Je suppose qu’il faut donc permettre aux moins riches de s’offrir ce qu’il y a de pire! Le jour où nos gouvernements appliqueront les sages conseils de ce «visionnaire», croyez-moi, ça ira encore mieux. Pour les dites élucubrations humanitaires du banquier, le Parti québécois et Lucien Bouchard lui ont décerné, en 2000, l’Ordre national du Québec et le 10 mars 2002, La Presse l’a nommé personnalité de la semaine. Je crois qu’avec ma nouvelle attitude, j’ai de petites chances d’être également honoré par ce quotidien. C’est mon rêve le plus cher. Si jamais ça arrive, le syndicaliste Michel Chartrand sera «emporté par la jalousie» comme il aime souvent me le répéter.

Quoi d’autre? Dans la même veine, face à la hausse titanesque du prix des médicaments que le gouvernement libéral du Québec vient de déréglementer, au profit des transnationales pharmaceutiques, on apprend que Québec veut nous «sensibiliser» à leurs coûts. C’est au Québec que les médicaments sont les plus chers au Canada, grâce à la générosité, avec notre argent, de nos gouvernements actuels et passés. Ça fait partie du modèle Québécois et provoque une augmentation significative d’environ 500 M$ par année des coûts de notre système de santé public mais, pour les lucides et les experts de Charest, c’est très correct. L’important est que vous soyez «sensible» aux besoins des transnationales pharmaceutiques. Faut pas rouspéter, soyez positifs. Puis, Le Devoir du 27 juin 2008 nous signalait que : «L’industrie pétrolière veut "équilibrer le débat" en lançant une vaste campagne d’information "objective" quant aux fluctuations des prix de l’essence.» Équilibrer le débat face à qui au juste? Petro-Canada veut faire de même afin de s’attaquer aux «préjugés» que son PDG a dit. Et il y a l’industrie des communications de Bell, Rogers et compagnie qui vient coup sur coup de se doter d’un «bureau des plaintes», autoréglementé bien évidemment, et d’un «code d’éthique» maison. Avec tout ça, on sera le peuple le plus instruit et le plus sensible de la planète en matière économique.

Enfin, Québec veut augmenter la TVQ de deux points. Soyez dans l’allégresse puisque dans La Presse du 20 août 2008, le cabinet international de comptables KPMG nous dit que les taxes à la consommation (TVQ et TPQ) sont «conviviales» et très appréciées par les compagnies… qui n’en paient pas… au Québec mais qui en défraient aux États-Unis faut-il préciser. «C’est la meilleure façon de taxer» qu’ils ont dit. Faut surtout pas faire allusion, comme Barack Obama le fait, aux impôts sur le revenu qu’ils ne peuvent pas blairer. Toujours dans l’esprit «convivial» de KPMG, Le Devoir du 1er septembre 2005 nous a appris que ce cabinet a payé 456 M$ au gouvernement américain pour évasion fiscale dans les paradis fiscaux. Je vous l’ai dit, ils sont bien placés pour nous suggérer des politiques fiscales justes et équitables. Depuis qu’ils ont payé leur amende en 2005, KPMG s’est converti et est entré dans le droit chemin… comme moi!

Oups, une autre : «La compétence ça se paie», ont dit, dans La Presse du 31 mars 2009, les économistes Marcel Boyer de l’Institut économique de Montréal, un organisme patronal très à droite dirigé par Hélène Desmarais de Power Corp. et le lucide Claude Montmarquette de Cirano, un autre organisme financé par le privé, et dont le Parti québécois et le Parti libéral du Québec retiennent toujours les précieux services pour savoir comment gérer «efficacement» le Québec. Ils ont fredonné sans rire que «l’excellence et la haute performance coûtent chères parce qu’elles ont une grande valeur». L’État, comme à la Caisse de dépôt et placement, paie même grassement l’incompétence avec des fonds publics. Faut pas prendre de chance indue, un jour ils pourraient devenir compétents. Gaétan Barette, président de la fédération des médecins spécialistes du Québec, a dit récemment à peu près la même chose que les deux professeurs universitaires émérites : «L’expertise a un prix»… et un gros en plus de ça. Et au diable la dépense publique!
Le privé fait pire, toujours avec l’argent du public, bien évidemment. Par exemple, tel que rapporté dans Le Devoir du 22 octobre 2009, le Wall Street Journal a calculé que les 23 plus grandes importantes institutions financières américaines, qui ont encaissé des centaines de milliards de dollars en subventions publiques et qui ont engendré la crise financière, ont versé, en 2009, pour 140 G$ en bonus, un record historique. Bravo! Au Canada, c’est pareil! Payer à coups de milliards des dirigeants d’entreprises avec des fonds publics ou en «taxant» la classe moyenne de toutes les façons régressives, ça c’est très bien, mais que les commis d’État du Québec demandent des hausses de salaires raisonnables, ah ben là, Michel Girard de La Presse, dans sa chronique du 17 octobre 2009, résume bien sa pensée et celle de d’autres par le titre de son papier : «L’effronterie du secteur public». Il a bien raison, si on veut créer de la richesse individuelle, dixit Pauline Marois, chef du PQ, les fonctionnaires et les travailleurs «ordinaires» doivent accepter moins si on veut payer «convenablement» nos cerveaux «extraordinaires». Le futé ministre libéral Raymond Bachand l’a dit dans La Presse du 22 février 2009 : «Plus les Québécois seront solidaires, mieux ils traverseront cette crise économique exceptionnelle» dont ils ont été les victimes.

Oh, oh, pour terminer, que vois-je dans La Presse du 16 décembre 2009? «Militant écologiste tué au Mexique. Une entreprise minière canadienne est au cÅ“ur d’une controverse. Trois employés de la compagnie ont été arrêtés et la mine exploitée par la firme de Calgary a été fermée. Elle enfreignait aussi les lois sur la pollution.» Soyez dans l’allégresse car c’est bel et bien fini tous ces comportements «disgracieux» commis par des compagnies canadiennes à l’extérieur du pays, grâce, encore une fois, au gouvernement conservateur canadien de Stephen Harper, un modèle en termes d’éthique, qui vient de créer «un site internet pour inciter les minières à l’éthique», signale Le Devoir du 14 janvier 2010. Même s’il n’y a absolument rien de contraignant dans ce «guichet unique», j’ai confiance qu’à l’avenir nos compagnies feront preuve de probité dans les pays en voie de développement. Elles ne pourront répondre négativement à «l’invitation» solennelle que leur a adressé le gouvernement fédéral. M. Harper, pourquoi ne pas créer, tant qu’à y être, un site internet pour inciter nos politiciens et nos gouvernements à l’éthique? Juste une idée comme ça venant d’un citoyen ben ordinaire. Que votre joie soit profonde puisque Les Affaires du 21 novembre 2009 nous apprend que la firme québécoise Boréalis «aide les entreprises minières, pétrolières et gazières canadiennes à être socialement responsables». Bonne chance messieurs! Pour rire, quoi de mieux que l’opinion «jovialiste» de Hans Kung, un universitaire allemand, parue dans La Presse du 22 janvier 2009 et intitulée: «Le nouvel âge de l’éthique» : «La frénésie du profit maximum est en train de faire place à la retenue et à la modération.» Souriez que je vous dis, tout ira bien dans le meilleur des mondes.

Je finirai jamais cet article mais celle-là est trop drôle pour la passer sous silence. Le Devoir du 22 janvier 2010 nous informe que les constructeurs du Québec, mêlés récemment à de nombreux cas de collusion et de corruption impliquant des milliers de dollars en fonds publics, veulent eux aussi se doter d’un code d’éthique maison. Là, c’est trop! Ma mère et moi sommes pliés en quatre et tordus de rire! Tout le monde est porté sur l’éthique. À chaque industrie son code d’éthique et sa Chaire universitaire en responsabilité sociale des entreprises. Ça fait bon chic, bon genre et c’est bon pour l’image, disent les firmes de relations publiques. Enfin, et là je termine pour de vrai, à la suite de nombreux cas de torture infligés aux irakiens «récalcitrants» par les doux soldats américains, eh bien La Presse du 2 juin 2006 nous a appris cette merveilleuse nouvelle : «Irak. Des cours d’éthique pour les soldats américains.» Donnés par qui, ça l’histoire ne le dit pas! Ont-ils droit à des crédits universitaires? Fini donc la torture musicale et celle qui simulait la noyade. De toute façon, la torture infligée par les soldats humanistes américains, en était une qui faisait du bien car «torturer n’est pas un mal», avaient dit Bush et compagnie (La Presse, 9 juin 2004) et, de plus, elle était «rigolo», avait dit la sereine soldate Lynndie England lors des traitements qu’elle avait appliquées à la fameuse prison irakienne d’Abou Ghraïb (Journal de Montréal, 4 août 2004). Vraiment, les prisonniers irakiens torturés n’ont pas beaucoup le sens de l’humour.

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