La «Press Lady» de la Maison-Blanche tire sa révérence
Elle avait des habitudes. Bien ancrées. Elle mangeait tous les soirs, ou presque, chez Mama Ayesha, un restaurant libanais pas très loin de la Maison-Blanche où elle n’ira désormais plus poser la première question à l’homme le plus puissant de la planète.
Helen Thomas a connu 10 présidents. Le dernier sera bel et bien Barack Obama, à qui elle avait lancé peu après son assermentation : «Monsieur le président, connaissez-vous un pays du Proche-Orient ayant des armes nucléaires?» Le successeur de George W. Bush avait esquivé et la «Press Lady» de la Maison-Blanche ne murmura pas son légendaire «thank you Mr. President».
Si Helen Thomas, qui aura 90 ans bien sonnés en août, est désormais persona non grata à la Maison-Blanche, elle sera toujours accueillie à bras ouverts au 1967 Calvert, la rue de Mama Ayesha. Palestinienne, cette dernière aimait lire dans le marc de café l’avenir de Thomas, fille de Libanais chrétiens venus s’installer au Kentucky en 1892.
Dans son restaurant, la journaliste la plus connue des États-Unis a son carafon de rouge californien bien au frais. «Allez, mangeons et buvons dans la joie! Qui sait où nous serons demain!» a-t-elle déjà dit à l’auteur de ces lignes. C’était il y a dix ans. Lundi, Helen Thomas n’était pas chez Mama Ayesha. Peut-être y était-elle, mais, à l’autre bout du fil, on refusait de confirmer.
Depuis quelques heures, Helen Thomas est plus voûtée que jamais. La retraite qu’elle craignait tant a désor-mais sonné. Un journaliste ne vaut que ce que vaut son dernier article, aimait-elle rappeler à ceux qui lui rendaient visite dans son cagibi de la Maison-Blanche où elle a régné pendant un demi-siècle. «Thank you Press Lady.»