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La marche de l'Afrique du Sud

Marie-Ève Shaffer - Métro

Une semaine avant le début de la Coupe du monde de soccer, l’Afrique du Sud trépigne d’impatience. Pour ce pays marqué au fer rouge par 43 ans d’apartheid, le Mondial est une occasion unique de rétablir sa réputation sur la scène internationale.«La réalité de l’Afrique du Sud a été dépassée par le mythe véhiculé par les médias», affirme la journaliste et auteure Lucie Pagé, qui s’envolera vers la nation arc-en-ciel pour faire découvrir le pays aux auditeurs de Radio-Canada.

Bien que l’Afrique du Sud ne soit pas encore un modèle de paix sociale, elle a fait des progrès fulgurants depuis qu’elle s’est libérée des lois ségrégationnistes. Le taux de criminalité a chuté de 50 à 37 meurtres pour 100 000 habitants. Le nombre de sans-abri a été réduit de moitié, passant de 16 à 8 millions. «C’est une espèce de laboratoire multiracial qui obtient un succès qu’on n’aurait pas cru possible il y a 16 ans seulement», fait savoir la journaliste. Depuis la fin de l’apartheid, des places publiques et des terrasses sont apparues, où se mélangent les Blancs, les Noirs et les métis.

Étant le premier pays africain à accueillir la Coupe du monde de soccer, l’Afrique du Sud a investi des billions de rands pour renover ses infrastructures et en cons­truire de nouvelles (aéroport, autoroute, train rapide, stades, etc.). Elle espère ainsi attirer des investisseurs en sol africain. L’État et les industries en profiteront assurément, mais la population sud-africaine y perdra au change, selon le chercheur Romain Roult, qui fait partie du Groupe de recherche sur les espaces festifs de l’Université du Québec à Montréal.

«Il y a certaines élites locales qui se demandent si c’était nécessaire d’injecter des milliards, alors qu’on devrait plutôt injecter de l’argent dans les hôpitaux et les écoles», explique M. Roult. Qui plus est, à Durban, des milliers de Sud-Africains ont été expulsés de leur maison située dans des bidonvilles, des vendeurs ambulants ont été bannis des alentours du stade et les itinérants ont été carrément chassés de la ville. Tout comme lors des précédentes Coupes du monde de soccer, il y a fort à parier que des manifestations auront lieu pour dénoncer les conditions de travail des ouvriers sur les grands chantiers ou pour critiquer les risques financiers qu’a pris le gouvernement pour satisfaire les demandes de la FIFA.

Malgré ces tensions, les Sud-Africains continueront d’éprouver un immense sentiment de fierté à l’idée d’accueillir le Mondial de soccer. «Les polémiques, ce n’est pas le portrait général, dit Lucie Pagé. Au contraire. C’est comme si le pays en entier avait des papillons dans le ventre.»

L’après-Coupe

Lorsqu’elle a planifié la construction ou la rénovation de ses infrastructures, l’Afrique du Sud a songé à l’après-Mondial pour ne pas se retrouver avec des éléphants blancs. Ainsi, la plupart des stades seront intégrés dans des parcs récréotouristiques. «Est-ce que les touristes fréquenteront ces parcs? demande Romain Roult. C’est difficile à dire pour un pays émergent comme l’Afrique du Sud.»

L’Afrique du Sud folle du ballon rond
«En Afrique du Sud, il y a le soccer et il y a Dieu», résume la journaliste et auteure Lucie Pagé pour expliquer l’importance du soccer dans ce pays d’Afrique. Selon elle, autant le chant faisait partie des moyens de résilience des Noirs pendant la période de l’apartheid, autant le soccer sert à unifier le peuple sud-africain. Elle avoue tout de même que Bafana Bafana a très peu de chance de se rendre loin dans le tournoi. «On commence à investir dans le sport parce qu’avant tout, il fallait investir dans le logement, l’électricité et les écoles, relate-t-elle. Imaginez dans 5, 10, 15 ans où Bafana Bafana va être…»

Le vendredi, les Sud-Africains sont fous du foot. Depuis septembre, ils portent le gilet jaune et vert de l’équipe nationale, Bafana Bafana, lors de la dernière journée de la semaine. Le but : unifier le peuple sud-africain. Des chauffeurs de taxi, des hommes d’affaires et même le président, Jacob Zuma, participent au Football Friday. 

  • En chiffres

10
Les compétitions se dérouleront dans 10 stades. Cinq ont été construits expressément pour le
Mondial, et les cinq autres ont été rénovés.

15
Grâce au Gautrain, premier train rapide du continent africain, les touristes pourront faire le trajet entre l’aéroport OR Tambo et Johannesburg en 15 minutes. Construit par Bombardier Transport, le Gautrain sera achevé l’an prochain et roulera sur 80 km.

41 000

Pas moins de 41 000 po-liciers sud-africains seront en service.

250 000
Près de 450 000 touristes étaient attendus en Afrique du Sud. Ce chiffre a été revisé à la baisse en raison de la crise économique. Environ 250 000 visiteurs assisteront aux matchs de la Coupe du monde.

136 G$
L’État sud-africain a investi pas moins de 600 billions de rands dans ses infra-structures (aéroports, autoroute, stade, etc.), soit 136 G$.

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