Coup de froid tropical entre le Venezuela et la Colombie
Simón Bolivar s’est bel et bien retourné dans sa tombe. Que son cercueil soit ouvert pour vérifier de quoi le Libertador est vraiment mort, passe encore. Mais que dire des bruits de bottes de plus en plus assourdissants entre le Venezuela où il est né et la Colombie où il est mort?
Hugo Chávez a fait exhumer les restes de son héros. A-t-il succombé à la tuberculose ou a-t-il été empoisonné? En attendant la réponse, le président vénézuélien a rompu les relations diplomatiques avec la Colombie voisine et placé son armée «en état d’alerte maximale» après que Bogotá eut affirmé que cinq chefs de guérilleros avaient trouvé refuge en sol vénézuélien.
Quel lien y a-t-il entre l’exhumation de Bolivar et la guerre des nerfs avec la Colombie, dont l’armée a une puissance de feu quatre fois supérieure à celle du Venezuela? Chávez est passé maître dans l’art de faire diversion quand les choses vont mal dans la «République bolivarienne».
Le taux de pauvreté a certes été réduit depuis son arrivée au pouvoir il y a11 ans, mais le pays frise la banqueroute économique malgré des entrées annuelles de pétrodollars dépassant les 50 G$.
Chávez a beau sonner la charge contre la Colombie, il n’y aura pas de guerre avec ce pays, plus peuplé et mieux armé que le Venezuela. Il n’y a d’ailleurs pas de risque réel de guerre entre aucun des pays latino-américains, même si les relations de plusieurs d’entre eux sont minées
par des conflits frontaliers.
Chacun s’arme jusqu’aux dents, cependant. Ces 10 dernières années, les dépenses militaires ont grimpé de 50 %, pour atteindre une quarantaine de milliards annuellement. La Colombie se classe en tête de peloton avec près de 4 % de son PIB consacré à son budget militaire (deux fois plus que le Venezuela), et Chávez craint que l’octroi de sept bases colombiennes aux États-Unis servent, un jour ou l’autre, aux Américains à mettre la main sur les champs pétrolifères de son pays.
Il faut dire que les fantasmes d’une éventuelle intervention des gringos dans ce qui fut longtemps leur cour arrière ne sont pas propres à Chávez. D’autres dirigeants du sous-continent en sont convaincus. Pour l’heure, le grand admirateur de Bolivar poursuit sa guerre des mots contre Alvaro Uribe, son homologue colombien, un «chiot de l’impérialisme américain».
Le dauphin et ministre de la Défense d’Uribe, Juan Manuel Santos, le remplacera le 7 août. Parions que Hugo Chávez lui trouvera des qualificatifs appropriés.