«Davantage de femmes, davantage d'argent», selon Viviane Reding
Viviane Reding dit tout haut ce qu’elle pense. Cette ex-journaliste du Luxembourg est aujourd’hui commissaire européenne à la Justice et elle souhaite imposer un quota de 40 % de femmes dans les conseils d’administration du continent. Métro s’est entretenu avec elle à son bureau de Bruxelles.
Aujourd’hui, les femmes ont accès à la même éducation et aux mêmes emplois que les hommes. Pourquoi alors imposer des quotas?
Je ne suggère pas d’imposer un quota pour des raisons féministes. Je le fais parce que ça a du sens pour les entreprises. Les femmes posent des questions, elles veulent savoir, elles veulent comprendre. Elles sont plus prudentes et elles vérifient davantage que les hommes. Elles prennent moins de risques qu’eux. Si ça avait été Lehman Sisters plutôt que Lehman Brothers, on n’aurait peut-être pas connu la dernière crise financière! C’est prouvé que les femmes aident les compagnies à commettre moins d’erreurs et à engranger plus de profits.
Ce que vous dites, c’est que les femmes devraient être plus nombreuses dans les conseils non pas parce qu’elles le méritent, mais parce que les compaÂgnies feraient alors plus d’argent.
Il n’y a pas que l’argument économique, mais celui-ci est important : 80 % des décisions d’achat, dans la vie, sont prises par des femmes. Et je ne parle pas seulement du beurre, mais aussi des voitures et des maisons. Il serait donc logique de donner plus de postes de décision aux femmes.
Est-ce que les compagnies comptant 40 % de femmes dans leur conseil d’administration engageraient nécessairement plus de femmes?
Prenez mon exemple. Mon administration est composée à 60 % de femmes, et les postes de direction sont majoritairement occupés par des femmes. Je choisis les meilleures. Je ne choisirai jamais une femme incompétente à la place d’un homme compétent.
Vous êtes parvenue où vous êtes aujourd’hui alors qu’il n’existait pas de quotas. Ceux-ci ne sont-ils pas insultants pour celles qui ont réussi?
Les femmes qui ont réussi à la dure, comme moi, constatent qu’il faut faire quelque chose parce que les choses ne bougent pas assez vite et qu’il faudrait 50 ans pour arriver à un équilibre. Soixante pour cent des diplômés universitaires sont des femmes aujourd’hui. Peut-être qu’un jour, on aura besoin d’imposer des quotas pour favoriser les hommes.
Plusieurs femmes mettent leur carrière en veilleuse pour avoir des enfants. Est-il possible que les femmes ne soient pas intéressées par des postes de cadres?
La maternité est une expérience fantastique. Moi, j’ai trois garçons. Mais il ne faut pas oublier que les hommes, eux, sont aussi des pères. L’économie est encore trop basée sur le fait que les femmes prennent soin de leur famille et que les hommes travaillent. Quand les femmes deviennent mères, elles travaillent moins à l’extérieur de la maison, mais les pères, pour leur part, travaillent davantage que les hommes qui n’ont pas d’enfant! Il faut que les responsabilités soient partagées. Les entreprises doivent aussi comprendre qu’elles doivent garder leurs meilleurs joueurs, au lieu de les laisser aller.