Et si l'euro s'effondrait?
Si la Grèce n’obtient pas un financement supplémentaire de l’Union européenne, elle pourrait faire faillite le mois prochain. L’euro, plongé dans une crise profonde, est sous respirateur artificiel. Alors que l’Allemagne est la locomotive de la zone euro, un tiers des Allemands croient que l’euro sera mort dans 10 ans. Qu’arrivera-t-il s’il s’effondre?
À moins d’être secourue par ses partenaires de la zone euro, la Grèce fera faillite le mois prochain. L’Espagne, l’Italie et le Portugal sont aussi fortement secoués. Selon George Soros, la crise de l’euro n’a visiblement pas de solution. «Un effondrement désordonné et catastrophique de l’euro semble maintenant inévitable», prédit de son côté le site d’information du Dow Jones, Marketwatch.
Inévitable est peut-être un peu fort. Mais certainement envisageable. «C’est une crise sérieuse, mais l’effondrement de l’euÂro serait encore pire», dit Matthias Matthijs, un professeur belge qui enseigne la politique des crises économiques à l’université américaine de Washington DC. «Les seuls survivants seraient les pays forts de l’euro – Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Luxembourg et Finlande –, ce qui rendrait l’euro encore plus fort. Et cela ferait mal à ces pays en pénalisant leurs exportations», explique-t-il.
Au minimum, on devrait demander à la Grèce de quitter la zone euro. «Et on devrait permettre aux autres pays faibles de la zone d’en sortir provisoirement et de créer temporairement des monnaies nationales, dont la valeur serait liée à l’euro», propose l’Espagnol Joan Costa-i-Font, chargé de cours en politique économique à la London School of Economics. «Attention, prévient M. Matthijs, cette solution pourrait pousser les Européens du sud à vider leur compte en banque, changer leurs économies en euros, sauter dans leur voiture et foncer les déposer dans les banques allemandes.»
Un effondrement pourrait aussi devenir un cauchemar politique. «Cela pourrait être le pire recul dans l’histoire de l’intégration européenne, dit Thomas Klau, patron du Conseil européen en relations étrangères, basé à Paris. Et cela pourrait entraîner des réactions en chaine, quasiment impossibles à contrôler. Par exemple, nous pourrions assister à un retour du nationalisme», poursuit-il. Les partis nationalistes, comme le Parti des vrais Finlandais, se frottent déjà les mains.
«L’intégration européenne a toujours été un projet élitiste, remarque James Wickham, directeur de l’École des sciences sociales du Trinity College de Dublin. En Irlande, il y a un profond ressentiment à l’égard des arrogants politiciens français et des banÂquiers allemands. Les comÂmentateurs commencent à parler très durement contre l’Europe. À les entendre, on pourrait croire que c’est de nouveau la Deuxième Guerre mondiale!»
Comme les Grecs se sont révoltés, d’autres Européens de la zone pourraient descendre dans la rue. «L’intégration européenne a été conduite par la politique et l’économie, pas les valeurs, explique M. Wickham. Il n’y a toujours pas de politique sociale de l’Union européenÂne. C’est pour ça que les citoyens sont exaspérés.»
C’est le dilemme d’Angela Merkel, la chancelière allemande : elle doit convaincre ses électeurs que la crise de l’euro est à ce point profonde qu’ils doivent contribuer à aider la Grèce, mais qu’elle n’est pas si terrible, afin qu’ils ne se révoltent pas.
Bloc-note
- L’euro a été introduit comme monnaie (pièces et billets) en 2002. Il remplace les monnaies nationales dans la zone euro.
- 17 des 27 membres de l’Union européenne (Allemagne, Autriche, Belgique, Chypre, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Portugal, Slovaquie et Slovénie) font partie de la zone euro.
- Les autres membres de l’Union doivent adopter l’euro. Trois pays – DaneÂmark, Royaume-Uni et Suède – bénéficient de clauses leur permettant de ne pas intégrer la zone euro.
- Les sept pays restants – Bulgarie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, RépublÂique tchèque et Roumanie – adopteront la monnaie unique dès qu’ils rempliront les conditions éconoÂmiques, monétaires et financières de la zone euro.
- En 2004, la Grèce a avoué avoir truqué ses comptes nationaux pour parvenir à intégrer la zone euro.