Le «Petit Gandhi» syrien hante le dictateur
Même s’il risque sa vie, Musa se bat pour la démocratie en Syrie. «Bien sûr que j’ai peur, affirme-t-il à Métro sur Skype, de la maison où il est caché. Mais nous avons commencé la révolution et nous devons la mener à terme. Si je meurs, ça sera le prix à payer pour obtenir notre liberté.»
Le mois dernier, l’ami de Musa, Ghiyath Matar, a été tué par les forces de l’ordre. «Nous étions ensemble quand un ami nous a appelés pour nous dire que sa maison avait été la cible des policiers, raconte Osama, un autre ami de Matar. Quand Ghiyath s’est porté au secours de notre ami, il a été arrêté. Trois jours plus tard, les autorités ont téléphoné au père de Ghiyath pour qu’il vienne chercher le corps de son fils…»
Le simple fait de parler à Métro est un acte de bravoure pour Musa et Osama, puisque le régime peut écouter les conversations téléphoniques et retracer les activités sur l’internet. Musa est d’ailleurs un nom fictif.
Ghiyath Matar a été torturé à mort. Mais en mourant, il est devenu un boulet pour le président Bachar el-Assad et son régime. Le gouvernement américain a condamné cet assassinat et des ambassadeurs occidentaux ont assisté aux funérailles de Ghiyath. On a surnommé le martyr le «Petit Gandhi».
«En Syrie, 99,9 % des manifestants sont pacifistes et Ghiyath était leur figure de proue», explique Neil Sammonds, d’Amnistie internationale Syrie. Il disait qu’on devrait accueillir les soldats d’Assad avec des roses.»
Même si le président Assad s’accroche farouchement au pouvoir, les Syriens se méfient de plus en plus du gouvernement. «Avant la mort de Ghiyath, les gens croyaient encore à la propagande du régime disant que nous n’étions que des groupuscules et que nous étions les marionnettes des Occidentaux, note Osama. Mais aujourd’hui, tout le monde sait que Ghiyath était un simple citoyen qui manifestait pacifiquement.»
Le 2 octobre, les groupes d’opposition au gouvernement se sont unis pour former le Conseil national syrien.
Le gouvernement est bien conscient que la mort de jeunes dissidents a causé la chute d’autres dictateurs. Le fruitier tunisien Mohamed Bouazizi a lancé la révolution dans son pays après s’être donné la mort pour protester contre le régime corrompu du président alors en place, Zine el-Abidine Ben Ali.
En Égypte, le cyberdissident Weal Ghonim a lancé une page Facebook pour honorer la mémoire de Khaled Said, un jeune de 28 ans battu à mort par la police. Le mouvement a finalement mené à la chute du président Hosni Moubarak.
«Je suis inspiré par les révolutions en Tunisie, en Égypte, et même en Libye, dit Musa. Elles me donnent espoir qu’un jour, nous allons gagner.»
Sentant que les protestataires gagnaient des appuis, le régime a renforcé ses actions. Selon les Nations unies, plus de 2 700 personnes ont été tuées et plusieurs ont été torturées et mutilées récemment. Osama, 31 ans, a manqué la naissance de son premier enfant cet été parce qu’il était derrière les barreaux.
«Mais je dois continuer, assure-t-il. La plupart de mes amis sont en prison. Et je sens une vague d’appui, même si plusieurs ont peur de le montrer.»
L’Occident doit-il intervenir?
Environ deux millions de Syriens ont participé aux manifestations pour la démocratie, selon Amnistie internationale. Le régime parle toutefois des manifestants comme des marionnettes de l’OcciÂdent.
Dans un discours aux Nations unies en septembre, le ministre syrien des Affaires étrangères a accusé l’Occident de provoquer le chaos dans son pays. La communauté internationale pourrait intervenir sous peu. L’ONU débat actuellement sur une résolution contre la Syrie.
***
De jeunes martyrs qui ont hanté le pouvoir
- Jeanne d’Arc, 1431
La jeune femme de 19 ans, qui a mené les Français à plusieurs victoires
contre les Anglais, a été brûlée vive en 1431.
- Che Guevara, 1967
L’Argentin, qui a mené la révolution cubaine avec Castro, tentait
d’organiser des révolutions en Amérique latine quand il a été tué par
l’armée boliÂvienne, avec le soutien de la CIA.
- Jan Palach, 1968
L’étudiant tchèque s’est immolé pour protester contre l’invasion
soviétique en Tchécoslovaquie.
- Mohamed Bouazizi, 2011
Le fruitier de 26 ans s’est immolé pour proÂtester contre le régime
corrompu de son pays. Sa mort est à l’origine du printemps arabe.
- Khaled Said, 2011
L’entrepreÂneur égypÂtien de 28 ans a été battu à mort par la police.
Wael Ghonim, un travailleur de Google à Dubaï, a raconté son histoire
dans une page Facebook.
- Ghiyath Matar, 2011
Le manifestant pacifiste de 24 ans a été torturé à mort par les forces
du président syrien.