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Une «Maison symphonique»?

Enfin, mæstro Kent Nagano possède un palais digne de ce nom pour son Orchestre sym­pho­nique de Montréal (OSM). La chose était attendue depuis fort longtemps. Fort bien, bravo, bravissi­mo. Mais qui a donc trouvé cette appellation «Maison symphoni­que de Mont­réal»? N’est-ce pas là la simplification de «Maison de l’Orchestre sym­phoni­que de Montréal»? C’est long, peut-être, mais c’est comme ça. On n’utilise pas forcément une expression parce qu’elle est courte…

Montréal possède déjà quelques aberrations notables : Place Ville-Marie, gratte-ciel parfois autrefois appelé le «Cruciforme», mais qui n’est pas une «place». Il est en de même pour la Place des Arts, la Place Bonaventure et la Place Alexis-Nihon, qui ne sont pas des «places». Des «arénas» (au lieu de «stade», «centre sportif» ou autres équivalences), qui en latin évoque le sable (arena) qui recouvrait le sol des arènes. Des «manoirs» qui n’en sont pas (sauf lorsqu’ils sont la mauvaise traduc­tion du substantif anglais manor). Le Forum qui ne fut jamais une «place publique» ni une «place de marché»…

Par contre, la place des Festivals est bien une «place» et la Maison du Festival Rio Tinto Alcan est bien une «Maison»!

Nous avons des stadiums, des auditoriums. Aussi l’illustre natatorium de Verdun. Et aussi un dépotium je ne sais plus où!

L’OSM a l’honneur d’avoir à sa tête un grand chef d’orchestre, très charismatique. Parmi les habitués de l’Orchestre, n’est-il donc pas possible de trouver un terminolo­gue, un lexicographe, un doc­teur ès lettres, un réviseur professionnel, un commis de l’Office québécois de la langue française, une personne de bon sens, qui, au besoin, pourrait participer à la désignation exacte des choses.

Vraiment, comment une «Maison» peut-elle être «symphonique»? Par contre, un orchestre peut l’être!

Bien sûr, Montréal n’a pas l’exclusivité de ces énormités linguistiques. La ville de Québec va bientôt avoir son «amphithéâtre»! Vraiment?

Voyons, notre «Maison» montréalaise devrait s’appeler tout bonnement «La Maison de l’Orchestre symphonique de Montréal» et ne doit pas passer à l’his­toire sous une mauvaise appellation. Il est encore temps de la changer.

Comme je regrette la disparition des chroni­ques linguistiques de Louis-Paul Béguin, du Devoir, et de Pierre Beaudry, de La Presse, qui avaient succédé au linguiste Gérard Dagenais, chroniqueur au Devoir, et auteur du fameux Dictionnaire des difficultés de la langue française au Canada (1967).

Et comme le mentionne une brochure publicitaire de l’OSM : «On n’est jamais trop classique.» Point à la ligne.

– René le Clère, Westmount

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