Soutenez

Les indignés de Wall Street

Lorsque Nathalie Elgrably-Levy, qui se définit comme économiste, se met à commenter le mouve­ment des indignés de Wall Street, on peut anticiper le propos et craindre le pire. Celle qu’on pourrait qualifier de propagandiste en chef du Tea Party au Québec s’est en effet donné pour mission la défense tous azimuts d’un capita­­lis­me libéré de toute entrave étatique. Pour cette croisade, elle ne recule devant aucun illogisme ou argument de mauvaise foi. Dans sa chronique du Journal de Montréal de jeudi dernier, «L’Amérique en colère», elle accumule faussetés et sottises, à l’instar de ses illustres modèles, Michele Bachmann et Sarah Palin. Voici quelques perles de cette tirade.

Les «insurgés», comme elle les appelle, souhaitent-ils la fin du capitalisme? «Cette revendication, affirme-t-elle, a un corollaire, à savoir l’instauration d’un régime socia­liste, voire communiste.» Non, madame, le système communiste est mort dans les années 1980, avec l’effondrement du bloc soviétique, et personne de moindrement sensé sur terre ne veut y retourner. On peut légitimement dépasser le carcan de l’ancienne dualité capitalisme-communisme. Et on est maintenant en droit d’aspirer à un monde plus conscient et coopératif, moins rapace et plus solidaire, même si la forme du système à venir n’est pas encore clairement définie. Les manifestants, admet-elle, ont raison de dénoncer le gaspillage des fonds publics investis dans le sauvetage des banques, mais, enchaîne-t-elle dans une négation évidente des faits, «c’est dans la philosophie collectiviste qu’on fait payer aux contribuables les erreurs de gestion des entreprises et non dans la logique capitaliste». Elle parle évidemment là d’un capitalisme idéal qui n’a plus cours aujourd’hui, s’il a jamais existé. Notre économiste n’a sans doute pas assisté aux conférences de Susan George à Montréal il y a deux mois. Celle-ci montrait clairement que tous nos maux actuels viennent du fait que le capitalisme a aujourd’hui délaissé la production pour la spéculation. Le système ne crée donc plus d’emplois ni de richesse, seulement des profits mirobolants pour une poignée de boursicoteurs et la pauvreté pour le commun des mortels.

Et la conclusion est à l’avenant : «Ce n’est donc pas le capitalisme qui est coupable, mais bien l’interventionnisme extrême et débridé» du gouvernement Obama. «Les manifestants ont raison d’être en colère, mais ils se trompent en occupant Wall Street. C’est devant la Maison-Blanche qu’ils devraient camper!» Désolé, mais les indignés de Wall Street ont plus de discernement et de sensibilité et savent où le bât blesse. En tout cas, après ce bouquet final, il ne reste plus à Mme Elgrably-Levy qu’à suivre des cours de tir de fusil automatique : elle pourrait alors faire un trio d’enfer avec ses consœurs d’armes, les deux célèbres Mitraillettes-Mums du Tea Party.        

– Christian Feuillette, Montréal

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.