Nous sommes la mafia!

Oui, avec le déballage de Lino Zambito, il y a de quoi être assez frustré et en colère pour déchirer sa chemise sur la place publique. Mais pourquoi avons-nous touché un fond aussi profond?

Il y a plus de 10 ans, j’ai «fui» mon autre planète pour les mêmes raisons! À mon arrivée, dans mes moments libres, j’élisais domicile dans les cafés italiens de Saint-Léonard, dans l’est de Montréal. Des bistros prisés par les Maghrébins. Là, on pouvait siroter les authentiques cafés expresso et latte.

Faisant partie de la nouvelle vague d’immigrants, on zyeutait les Italiens avec envie. Femmes et hommes, jeunes comme âgés, ils exhalaient le bonheur. Ils étaient beaux, tirés à quatre épingles et roulaient dans de vrais bolides. Alors, c’était très facile de tomber dans les préjugés!

Une fois attablés, après l’introduction sur les affres de notre quotidien de nouveaux arrivants, on sombrait dans les récits mafieux.

Pas besoin du rapport Duchesneau, ni de la Commission Charbonneau, ni d’infiltration dans les antres des bandes criminelles! Médusé, j’ai appris assez vite que ma ville d’adoption croulait sous la mainmise
du crime organisé.

Leçon numéro 1 : tous les trafics sont vassalisés dans les bars, les boîtes de nuit et à chaque coin de rue de la métropole. Tout y passait : prostitution, drogue, jeu et paris illicites, etc. En tête de cette mafia, le clan Rizzuto. Plus bas dans l’échelle de l’organisation, les Hells Angels et autres gangs de quartiers. C’est la «démocratie de la rue».

Après cette introduction funeste, on avait droit à la leçon numéro 2 : la corruption du monde politique avec la bénédiction du crime organisé. Ainsi, j’ai appris que des politiciens s’assuraient des élections «clés en main»! Pourquoi? Parce qu’aux différents paliers de gouvernement (municipal, provincial et fédéral), l’État est le premier pourvoyeur d’ouvrage dans le secteur de la construction. Une manne que les entrepreneurs du domaine n’allaient certainement pas laisser au hasard des majorités. Il fallait donc des «frappes» préventives pour être sûr de rafler la mise des contrats qui valaient des milliards!

Alors, quand un responsable nous dit dans le blanc des yeux qu’il n’était pas au courant des cancers que sont la corruption, la collusion et le crime organisé, c’est d’une tristesse désespérée! Pire, quand le public s’offusque, je suis encore plus scandalisé et inconsolable!

Certes, le crime organisé s’enrichit par la violence, la fraude et la collusion grâce à des politiciens véreux soutenus par des fonctionnaires devenus des as de la fraude. Mais l’indignation, c’est cette banalisation de l’arnaque. Elle commence par monsieur et madame Tout-le-Monde! Quand le citoyen lambda pirate les signaux télé, qu’il fraude le fisc en travaillant au noir, qu’il se paie un service sans réclamer sa facture, qu’il profite de son pouvoir pour se payer la traite sur le dos des contribuables, qu’il planifie sa formation continue comme un voyage gratuit où plus la destination est éloignée, exotique, plus elle est incontournable. C’est cette déliquescence qui ronge notre société.

Oui, nous ne sommes pas tous coupables directement de fraude, mais nous sommes collectivement des témoins muets. Sinon, comment expliquer qu’aux dernières élections provinciales, plus de 1 300 000 d’entre nous aient osé refaire confiance à des candidats qui incarnent un gouvernement éclaboussé par des scandales à la pelle? Comment expliquer que le maire de Montréal ait été reconduit avec toutes les «affaires» qui déshonorent son administration? Si on ne se ressaisit pas, on est la mafia!

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.