Sugar Sammy: sur mesure pour Montréal
Selon Sugar Sammy, You’re Gonna Rire!, son premier one man show à moitié en anglais et à moitié en français, n’a rien de politique. «En fait, c’est destiné à un public qui s’en fout un peu, de la question de la langue, dit-il. Ce n’est pas conçu pour provoquer. C’est venu naturellement pour moi.»
L’humoriste n’a pas sciemment décidé d’écrire un spectacle «franglais». «J’écris des gags tous les jours, au fur et à mesure, explique-t-il. Ça me vient en vivant ma vie, puis je les teste auprès de mes amis ou dans des comedy clubs… et est arrivé un moment où j’ai réalisé que j’avais 70 minutes de gags, une moitié en français, l’autre en anglais. Je me suis demandé où je pourrais bien faire ça, un show dans les deux langues… et j’ai réalisé que ça serait parfait pour Montréal.»
Il faut dire que cet Indien d’origine a grandi dans un contexte où le français et l’anglais, la culture américaine et la québécoise se côtoyaient au quotidien. Et à son avis, il n’est pas le seul à vivre cette dualité dans la vie de tous les jours : «J’ai fait des shows de rodage, et on dirait que les gens ne s’en aperçoivent même pas que c’est dans les deux langues. On est habitués à consommer autant de culture d’ici que des États-Unis, de zapper de Tout le monde en parle au Super Bowl ou d’Apparences à Glee!»
L’humoriste voit donc son spectacle comme une «réflexion sur la réalité de notre société». «Est-ce que les artistes peuvent changer la société? Je ne crois pas qu’on ait ce pouvoir-là, mais plutôt qu’on est un reflet de cette société.»
Qu’on se le dise, la question de la langue ne sera pas au cœur de tout le spectacle. «C’est sûr que j’aborde un peu l’aspect politique de la chose par la bande, concède le disciple d’Eddie Murphy. Mais c’est en me servant de ma propre expérience, par exemple celle d’un enfant de parents fédéralistes qui a été à une école où les profs étaient tous souverainistes. Mais je parle aussi des relations hommes-femmes, de l’enfance, de ma relation avec mes parents…»
Et si, à son avis, le public francophone met souvent quelques minutes à s’adapter à son style, ce n’est pas tant une question de langue, mais de genre de spectacle : «C’est rare, ici, qu’on voie du stand-up à l’américaine, et c’est vraiment ça que je fais, lance-t-il. Il n’y a pas de metteur en scène ou de décor, j’écris tout moi-même, et il y a beaucoup d’impro et d’interaction avec la salle.»
D’ailleurs, Sugar Sammy assure que c’est le public, bien souvent, qui guide la direction d’une représentation et les gags qu’il se permettra tel ou tel soir. «J’aime être en contact avec la foule parce que ça permet aux gens d’entrer dans le show, affirme-t-il. Je laisse le public décider où je m’en vais. C’est ce que j’aime avec le stand-up. C’est comme une conversation avec 1 200 personnes, et j’aime qu’elles se sentent comme si elles étaient dans mon salon, comme si j’étais un ami avec qui elles jasaient.»
Certes, il aimerait bien adapter son «show bilingue» pour le reste du Canada, mais Sugar Sammy affirme qu’il envisage rarement les choses à long terme, et qu’il souhaiter gagner son public «un fan à la fois». «C’est pour ça que ça m’a pris du temps à sortir ce spectacle, croit-il. Je préférais attendre d’être vraiment prêt plutôt que d’offrir au public un show brouillon!»
Sugar Sammy
À l’Olympia
Du 23 février au 31 mars
Supplémentaires du 3 au 26 mai