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Christopher Waltz et John C. Reilly: les dieux de Carnage

Ned Ehrbar et Jérôme Vermelin - Metro World News

Dans Carnage, Alan, un avocat sarcastique, affirme qu’il croit au dieu du carnage, un dieu dont les règles ne sont pas contestées depuis des temps im­mémoriaux. Malgré le côté sanglant de son affirmation, il ne se trouve pas sur un champ de bataille, mais plutôt dans un appartement bien déco­ré, et il se dispute avec un autre couple nanti de New York à propos de l’identité de l’enfant qui a déclenché une bagarre dans une cour d’école. Pendant leur prise de bec, on est censé se poser la question suivante : qui sont les pires, les enfants ou les adultes?

À l’origine, cette satire était une pièce de théâtre de Yasmina Reza. Portée au grand écran par Roman Polanski, elle met en vedet­te Jodie Foster et John C. Reilly, qui forment un couple, ainsi que Kate Winslet et Christoph Waltz, également en couple. Christoph Waltz, surtout connu pour son rôle de méchant dans le film In­glou­rious Basterds, était fait pour ce personnage. «Je suis une sorte de salaud iras-cible, déclare-t-il. J’ai vu la version originale, mais il y a longtemps. Même si j’étais impressionné par l’acteur qui jouait le rôle que je joue dans le film, j’ai mes qualités.» Rappelons que Ralph Fiennes et Jeff Daniels ont déjà tenu ce rôle.

Christoph Waltz est re­connaissant d’avoir eu la chance d’incarner un personnage rude qui risque de contrarier le public. C’est rare de nos jours. «Si je voulais être très poli, je dirais que l’on a tendance à réduire les personnages humains à des archétypes, soutient-il. Je ne saisis pas tout à fait. Je pense que l’intérêt pour l’humanité faiblit un peu. À mon avis, il faut vraiment sortir de la zone de confort de la représentation d’un person­nage, plutôt que de rendre quel­qu’un sympathique, ce que l’on nous dit de faire pour que le public s’y identifie. Je ne suis pas d’accord. Pourquoi s’identifier à un person­nage immaculé avec lequel on n’a rien en commun? Si l’on est en présence d’une personne à 100 % sympathique, on se demande d’où elle vient et ce qu’elle a en commun avec soi.»

L’acteur ne s’arrête pas là, et poursuivant sur sa lancée, émet des commentaires sur le fait d’inviter des journalistes sur le plateau («Pourquoi mettriez-vous votre nez dans nos répétitions?») et les suppléments des DVD («Si j’avais un droit de regard, je supprimerais ces cochonneries sur les coulisses et le tournage. Ça ne regarde personne.»). Quel salaud!


Dans le viseur de Roman Polanski

«John? Roman Polanski voudrait te rencontrer. Ça te tente?» Éternel second du cinéma américain, John C. Reilly n’a pas hésité une seconde lorsque son agent lui a proposé de joindre la distribution de Carnage. «Le plus drôle, c’est qu’on m’avait proposé de jouer dans ce film quelques mois avant», confie l’acteur, qui avait refusé pour des raisons d’emploi du temps. Si bien que, cette fois, je ne pouvais pas laisser passer l’occasion.»

Direction Bry-sur-Marne, où l’équipe de Polanski a construit l’appartement new-yorkais des Longstreet, le couple que Reilly interprète avec Jodie Foster, le cinéaste ne pouvant voyager aux États-Unis. Après deux semaines de répétitions, les comédiens sont prêts pour ce face-à-face féroce, sur fond de préjugés sociaux et d’hypocrisie familiale. «Je m’étais plus marré sur Boogie Nights, sourit l’acteur. Carnage est une histoire qui exige beaucoup des acteurs, car le conflit est permanent. Et puis, sur la plupart des plateaux, il y a des jours où on ne fait que des plans de coupe. On peut se reprendre. Là, même quand j’avais moins de dialogue, il fallait être à l’écoute, car une bon­ne partie des sentiments des personnages s’exprime sur leur visage.»

Alors que Polanski était assigné à résidence à Gstaad, difficile de ne pas faire un parallèle entre le huis clos du film et la situation personnelle du cinéaste. «Beaucoup de gens en parlent, et c’est compréhensible, dit Reilly. Mais Roman avait exprimé l’envie d’adapter Carnage avant ses ennuis judiciaires. Pendant le tournage, j’ai déjeuné tous les jours avec lui et je l’ai trouvé joyeux, plein d’humour. Il a vécu des choses incroyables, il en a bavé aussi. Mais il a conservé un enthousiasme admirable pour son travail.

Carnage
En salle dès vendredi

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