Petit guide de survie à la crise qui nous guette
Le débat sur la pertinence de la Charte des valeurs proposée par le Parti québécois est déjà bien entamé et promet un automne chaud en discussions. Il serait périlleux de résumer ma position sur le sujet dans les 400 mots qui me sont impartis dans ces pages. J’ai pensé que ce petit guide pour survivre à cette querelle qui s’annonce presque aussi prenante que le dernier référendum ferait œuvre plus utile. Voici donc comment s’en sortir sans trop d’égratignures.
1. Avoir de l’empathie pour l’adversaire
Comme dans n’importe quelle chicane, il est important d’essayer de bien comprendre la position de son adversaire en essayant de se mettre à sa place. Plus un débat est polarisé, plus la tentation de trouver que ceux qui ne pensent pas comme nous sont des ultra-cons est forte. Évidemment, ce n’est pas aussi simple, le monde n’étant pas bêtement divisé entre cons et pas cons. Idéalement, on évitera de penser à l’autre en termes d’adversaire : nous faisons tous équipe sur la voie d’une meilleure compréhension du monde.
2. Écouter et lire comme il faut
À l’écoute d’un débat ou à la lecture d’un texte d’opinion sur la question, être attentif et prendre le temps de soupeser chacun des mots qui sont employés. Accuse-t-on un groupe particulier d’être raciste, xénophobe ou intolérant? A-t-on vraiment employé ces mots ou est-ce que la susceptibilité ne serait pas plutôt à l’origine de cette conclusion?
3. Ne pas traiter l’autre de raciste
Accuser l’autre est le meilleur moyen de le braquer contre soi. Éviter cette stratégie. Toute référence à Hitler ou à la Russie de Vladimir Poutine serait également hasardeuse.
4. Se sonder sur ses motivations profondes
Dans ce débat, tous se drapent de bonnes intentions, qu’elles soient teintées de liberté, d’égalité, de féminisme ou de multiculturalisme. Demandez-vous simplement si les idéaux pour lesquels vous êtes prêts à déchirer votre chemise sont réellement menacés par l’une ou l’autre des propositions, ou encore si vous y consacreriez autant d’énergie dans un
autre contexte.
5. S’informer
Quelle que soit votre position, informez-vous. Prenez le temps de lire le rapport qui a émané de la Commission Bouchard-Taylor, dont une version abrégée est offerte sur le site de la commission. Idéalement, vous lirez aussi les critiques qui lui sont adressées. Vous pourrez ainsi tirer vos propres conclusions, être d’accord ou non, mais au moins, vous serez informé. Après tout, on a payé 3,7 M$ pour ce fichu rapport.
6. Rester calme et poursuivre ses réflexions
Dans les réunions familiales, il est tentant d’éviter les discussions sur des enjeux politiques déchirants. Si vous suivez mes quelques recommandations, vous devriez être capable de discuter de la pertinence d’une charte des valeurs québécoises sans mettre en péril les liens qui vous unissent et ainsi d’alimenter votre réflexion et, surtout, la réflexion de celui qui ne pense pas comme vous.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.