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Pour un compromis

Michel Venne - Directeur général de l’institut du nouveau Monde

Après quelques semaines d’un débat acrimonieux, voilà que l’on parle de compromis autour du projet de Charte des valeurs québécoises. Le gouvernement lui-même y est ouvert. Pour arriver à un compromis, quelques conditions doivent être réunies.

  1. Le gouvernement doit animer le débat et non le laisser aller à la dérive.
    Si Québec souhaite vraiment un accord, non seulement avec les autres partis politiques, mais aussi au sein de la population, il doit lui-même identifier les aspects de son projet ouverts à la discussion. Jean-François Lisée a commencé à le faire. Il serait important que d’autres ministres s’y mettent, à commencer par Bernard Drainville. Il lui serait loisible d’ouvrir la discussion à partir des milliers de commentaires reçus jusqu’à présent sur son site web. Y a-t-il des propositions qui lui ont été soumises pour bonifier le projet de charte qu’il aimerait porter à l’attention du public? Le gouvernement peut aussi susciter la production d’avis d’experts sur les sujets à débattre. Bref, il doit canaliser le débat en adoptant une posture ouverte. C’est sa responsabilité.
  2. Les objectifs poursuivis doivent être mieux cernés.
    Il n’y aura pas de compromis si on ne cerne pas mieux les objectifs du projet. Le titre même du document (Charte des valeurs) ne contribue guère à clarifier l’intention. Si le but est d’affirmer la neutralité religieuse de l’État, c’est de cela qu’il faut discuter. Si l’objectif est de protéger l’égalité hommes-femmes, le projet de charte est à la fois insuffisant (bien des aspects n’y sont pas abordés) et superflu (le principe de l’égalité est déjà inscrit dans la Charte des droits et libertés de la personne).
  3. La cohérence du projet doit être préservée.
    L’idée de scinder le projet en deux (d’un côté l’affirmation de la neutralité religieuse de l’État, de l’autre le port de signes religieux) est impraticable. Le gouvernement ne peut pas renoncer à l’un ou l’autre des deux volets, le second étant l’incarnation du premier. Le bricolage est interdit en cette matière.
  4. La société civile, les médias et les intellectuels doivent contribuer à élever le débat.
    Au-delà des partisans et des groupes de pression qui profitent de l’occasion pour faire avancer leurs intérêts au lieu de penser au bien commun, les groupes de la société civile, les médias et les intellectuels ont le devoir d’élever le débat afin d’accompagner les citoyens dans leurs réflexions. Je m’étonne que tant de gens aient déjà pris position pour ou contre la charte. Le manichéisme n’est guère productif.

Nous avons besoin d’un compromis sur la charte.

Chacun doit y contribuer.

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