The Fifth Estate: Ceci n’est pas un biopic
Dans son nouveau film, le réalisateur Bill Condon se penche sur la vie et le travail du fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, mais il insiste : The Fifth Estate n’est pas un biopic.
Faire un film sur une personne qui est toujours en vie peut être difficile, surtout quand cette personne est Julian Assange – et encore plus quand elle s’oppose ouvertement à ce que vous tourniez le film. Bill Condon, réalisateur de The Fifth Estate (Le cinquième pouvoir), l’a appris à ses dépends.
«On a un acteur sérieux comme Benedict Cumbertbatch, et pendant qu’on est en répétition et puis qu’on tourne le film, il correspond avec Julian Assange – la personne qu’il tente de devenir – lequel lui dit : ‘’S’il-vous-plaît, ne jouez pas mon rôle’’. Imaginez à quel point c’est étrange, fait remarquer Condon. Je suis plein de compassion pour lui, parce que c’était presque comme être schizophrène.»
Cela a également mené à des discussions enflammées entre Condon, Assange et la co-vedette du film, Daniel Bruhl, qui joue Daniel Domscheit-Berg, qui a collaboré avec Julian Assange une fois. «Si on allait déjeuner ou qu’on se rendait à la roulotte de maquillage sur le plateau, Daniel Bruhl – qui a beaucoup intériorisé le point de vue de son personnage – Benedict et moi parlions de ce qu’on allait dépeindre ce jour-là et n’arrivions pas à nous entendre à ce sujet, concède Condon. C’était sain et avait beaucoup de sens, et au final, on arrivait à un point de vue qui paraissait juste, c’est-à-dire qu’on s’assurait que la voix de chacun soit entendue.»
Condon espérait d’abord – avec naïveté, peut-être – recevoir des conseils du vrai Assange, mais ses espoirs ont rapidement été tués dans l’œuf. «Benedict avait des amis qui croyaient vraiment pouvoir réussir à nous mettre en contact avec lui, mais il a rejeté l’idée, prétextant que vu les livres sur lesquels on s’était basés, il n’allait pas “approuver” le film», relate le cinéaste.
Faire une dramatisation de l’histoire d’Assange a donc été plutôt complexe, et pas seulement à cause des sentiments du sujet lui-même. Mais Condon croit que The Fifth Estate est d’abord et avant tout un film. «Quand on crée quelque chose dans une forme de deux heures, qu’on met quatre caméras sur un plateau qu’on a bâti et qu’on place une perruque sur la tête d’un acteur, alors on n’est plus seulement dans les faits, n’est-ce pas? suppose-t-il. Et avec une histoire aussi compliquée que celle-là – chaque fois que je soulevais un événement durant lequel les journalistes et Assange étaient présents, ça menait à des désaccords sur ce qui s’était passé – on ne peut pas déclarer que telle ou telle vérité est fausse.»
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Malgré tout, pour Condon, il n’a jamais été question d’attendre de voir comment l’histoire de WikiLeaks allait se dénouer.
L’immédiateté faisait partie de l’attrait. «Avec un film, on veut donner aux gens une raison de quitter la maison, dit-il. Moi, en tout cas, je suis très excité quand vient le temps d’aller au cinéma et de sentir que je vais en apprendre davantage sur des événements qui sont encore en train de se développer.»
Cumberbatch c. Assange
Ce n’est un secret pour personne : Julian Assange n’est pas enchanté par The Fifth Estate, dans lequel la star de Sherlock, Benedict Cumberbatch, incarne le fondateur de WikiLeaks. Le site web a même publié une correspondance par courriels entre ce dernier et Cumberbatch, dans laquelle l’acteur a tenté d’obtenir une rencontre avec Assange avant d’accepter le rôle – pour se faire répondre de ne pas faire le film.
«On s’y attendait, et ses arguments étaient solides. Mais j’avais quelques contre-arguments très solides aussi», précise Cumberbatch.
«J’aurais adoré le rencontrer. Je pense que comme n’importe quel artiste, être confronté à un sujet vivant est de loin plus productif et porteur d’informations que de travailler à partir d’une photographie», ajoute le comédien, un rien de remord dans la voix.
Cumberbatch, bien sûr, a persisté malgré la désapprobation de son sujet. Et devenir Assange à l’écran a emmené l’acteur à se questionner sur les activités gouvernementales, la politique et l’industrie de la sécurité. «C’est nécessaire de devenir un expert instantané, et ça peut être assez ardu. Il y a l’engagement et les connaissances de toute une vie derrière les activités de ces gens, fait-il remarquer. Je suis un acteur, je ne suis pas un activiste politique. Ni le fondateur d’un site web. Ni un avocat. Ni un expert. J’ai touché à ce dont j’avais besoin pour tenter de réussir à créer une personnification, et je suis le premier à dire que je suis un amateur dans tout ce qui ne touche pas la profession que j’ai choisi d’exercer.»
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The Fifth Estate
En salle dès vendredi