Le scalp fondateur de la charte de Drainville

Été 2006. L’ADQ a su exploiter le malaise identitaire qui couvait chez nous pour siphonner les intentions de vote.

Dans la foulée, la polémique de l’affaire Hérouxville a débuté en janvier 2007. Là, on a frôlé le ridicule. Le conseil municipal de ce village qui n’accueillait aucun immigrant, faut-il le rappeler, a adopté un code de conduite pour les immigrants!

Ce document interdisait, dans la municipalité, de lapider, de brûler et d’exciser les femmes. Autrement dit, à force de crouler sous les demandes barbares des musulmans, les habitants d’Hérouxville se sont mis debout pour sauver le Québec des envahisseurs! Cette bouffonnerie a fait la manchette dans les médias du monde entier, jusqu’en Australie.

Un mois après, pour dépolitiser le débat, Jean Charest, le premier ministre du Québec en exercice, a créé la commission Bouchard-Taylor. Mais le mal était fait. La montée en flèche de l’ADQ a provoqué un séisme social dans ma nouvelle terre d’accueil. C’était la veille des élections provinciales de 2007.

Durant cette campagne rocambolesque, caméra à l’épaule, j’ai couvert la débâcle du PQ. J’en ai battu, du pavé, avec ce jeune candidat péquiste dans l’Ouest-de-l’Île. Le soir de l’élection, j’étais dans un bar pour filmer la dernière réunion de l’équipe du candidat souverainiste. L’atmosphère était morose. La soirée allait être cauchemardesque.

Les militants étaient en pleurs. Leurs candidats tombaient comme des mouches en plein durant les heures de grande écoute. À chaque résultat funeste, les huées fusaient. Choqué, j’ai fermé pudiquement ma caméra. Je n’étais pas prêt à filmer un massacre politique.

Tout à coup, une militante s’est effondrée en larmes au beau milieu du bar. Cette battante, d’habitude stoïque, criait comme une folle en faisant le tour des tables de convives hagards : «Je n’en reviens pas! Elle, celle dont on vient d’annoncer la victoire, c’est une commis de pharmacie, une affiche sur un poteau que personne n’aurait pu identifier en début de campagne, eh bien, elle a écrasé notre candidat dans un de nos châteaux forts. Quelle honte! On vient de perdre notre pays en une seule soirée électorale!»

L’instrumentalisation cynique de l’enjeu identitaire par l’ADQ a ébranlé la jeunesse du parti et ses cadres. C’était le début d’une remise en question profonde du parti de René Lévesque. Une radicalisation spectaculaire au sein de ce parti social-démocrate s’opérait sous mes yeux, cette soirée-là.

Désormais, plus aucun parti ni mouvement social ne surferait sur la fibre identitaire. La réplique s’est mise en marche. Sept ans après la déconfiture du PQ face à l’ADQ, sa branche conservatrice aura-t-elle sa revanche?

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