Pointe-Saint-Charles: les citoyens intensifient les recours contre le CN
Un regroupement citoyen de Pointe-Saint-Charles entend déposer une plainte à l’Office du Transport du Canada (OTC) contre le CN.
Le comité Nous et les trains (NTU) de la Table de concertation communautaire de Pointe-Saint-Charles négocie en vain avec le CN depuis maintenant cinq ans afin de demander des mesures d’atténuation du bruit des locomotives qui passent dans le quartier.
«Avec la privatisation du CN en 1995 et l’augmentation des activités sur le chemin de fer, ce sont des trains de plus en plus lourds et longs qui circulent. Jour et nuit, à n’importe quelle heure, les trains passent et nuisent à la tranquillité des résidants», affirme Peter King, résidant impliqué dans le comité NTU.
Les citoyens de Pointe-Saint-Charles participaient dimanche à une assemblée publique dans le quartier pour obtenir plus d’informations sur les démarches du NTU. «Je suis obligée de dormir dans mon salon, parce qu’il y a trop de bruit lorsque je suis dans ma chambre et je suis incapable de dormir, a indiqué à Métro une résidante présente à l’assemblée. Le problème, c’est surtout qu’ils font également du triage et cette activité génère beaucoup de bruit», a-t-elle ajouté, inquiète que sa maison soit dévaluée en raison de ce trafic ferroviaire.
Le comité NTU affirme avoir reçu des centaines de plaintes de citoyens sur leur site internet, en lien surtout avec le bruit et les vibrations occasionnées par ces trains.
Au cours des discussions entre le CN et les citoyens, la compagnie a notamment accepté de graisser davantage le mécanisme des trains, mais sans succès sur la diminution du bruit, affirme le NTU. Un avis de la Direction de la santé publique a également été émis en 2013. Ce rapport, qui se base sur une étude produite par le CN, reconnaît que les niveaux de bruit mesurés dans le quartier dépassent les 55 décibels suggérés par l’Organisation mondiale de la santé et recommande l’élaboration d’un plan d’action pour diminuer le niveau de bruit auquel sont soumis les citoyens. Le CN n’a pas prévu de rencontre avec le NTU à l’automne 2013, tel qu’il l’avait promis, pour faire suite à ce rapport.
«Il y a un blocage, ils ne semblent pas prêts à régler le problème», a lancé M. King, dimanche à l’assemblée. «Il faut que le CN arrête d’être antidémocratique. Si un résidant fait trop de bruit dans le quartier, il aura des conséquences de la part de la police. Le CN a quant à lui sa propre police», regrette Gaël Hollard, résidant impliqué dans le NTU. Il ajoute que la loi fédérale sur les transports mentionne que les trains peuvent émettre un «bruit raisonnable compte tenu du contexte et de leurs besoins», ce qui crée une zone grise sur son interprétation.
Le NTU croit qu’ils ont atteint le maximum des démarches à l’amiable possibles et compte entreprendre des recours juridiques. La plainte à l’OTC doit être finement travaillée, indique M. Hollard, puisqu’il serait difficilement possible de la refaire en cas d’échec. Impossible donc pour eux de donner une date précise de dépôt, mais 2014 devrait être «une année charnière pour [eux]», précise M. Hollard. Ils étudient actuellement la possibilité de rallier le contentieux de la Ville de Montréal à leur cause. «On sait que si nous lançons cette démarche, plusieurs regroupements à travers la province et le pays voudront sûrement se joindre à nous. Nous ne sommes pas une exception», ajoute M. King.
L’arrondissement Sud-Ouest compte également mettre à contribution ses ressources, celles de la ville centre et de l’extérieur, pour soutenir cette démarche. «Nous voulons que la plainte soit bien documentée. Les citoyens sont appelés à nous aider à documenter cette situation et si nous devons commander une nouvelles étude sur le bruit dans le secteur, nous le ferons», a indiqué à Métro le maire de l’arrondissement, Benoît Dorais. L’arrondissement, qui accompagne les citoyens dans leurs discussions avec le CN depuis les débuts, croit que cette démarches auprès de l’OTC est justifiée. «La loi prévoit que quand on se retrouve dans un cul de sac, on peut passer à des démarches plus sérieuses», explique M. Dorais.
Le NTU demande notamment une réduction de vitesse des trains le soir, et à plus long terme, la construction d’un mur antibruit et le déplacement de certaines activités dans d’autres secteurs.