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«C'est désarmant un flic sans arme» – Maïwenn

Jérôme Vermelin - Métro

Dans Polisse, Maïwenn porte un regard aussi réaliste qu’émouvant sur le quotidien de la brigade de protection des mineurs. Entretien avec une artiste à fleur de peau qui ne pratique pas la langue de bois.

Avec Polisse, souhaitiez-vous porter un regard différent sur la police, offrir une alternative aux séries et aux reportages qu’on voit à longueur de temps?

Vouloir être différente n’est pas un moteur pour moi. J’étais très honnête lorsque j’ai fait ce film; je l’ai écrit et réalisé en essayant de retranscrire les choses qui m’ont touchée quand j’ai passé du temps avec la brigade de protection des mineurs. Et puis, ces policiers sont, de toute façon, différents de ceux qu’on a l’habitude de voir. Déjà par le simple fait qu’ils ne portent pas d’arme. C’est très désarmant, un flic sans arme. [Sourire] Mais c’est encore plus désarmant devant un enfant de trois ans.

Comment vous ont-ils accueillie? Avec quelques réserves?

Avec de grandes réserves. Déjà parce que je n’avais pas fait de film vraiment populaire. Le bal des actrices avait pas mal marché, mais eux, ils connaissent surtout Bienvenue chez les Ch’tis et Les visiteurs. Ce sont des gens qui vont rarement au cinéma, parce qu’ils n’ont pas le temps et qu’ils ne gagnent pas beaucoup d’argent. Et puis, je suis une femme, jeune de surcroît. Rien sur le papier ne leur laissait penser qu’ils allaient être fiers du film au bout du compte.

Comment avez-vous gagné leur confiance?
Mais je n’ai pas gagné leur confiance! Un ou deux m’aimaient bien, m’avaient pris sous leur aile. Le reste de la brigade… Je les ai retrouvés un an après à la projection qui leur était réservée, et beaucoup m’ont fait leurs excuses ce jour-là. Ils m’ont dit : «On ne te croyait pas, une fille jolie comme toi, on ne pensait pas que tu réussirais à faire un film sur nous.»

Polisse donne par moments l’impression d’être un documentaire… avec des acteurs connus. C’est un mélange compliqué à réussir?
La difficulté, c’était de transmettre la réalité en la malaxant, en la sublimant parfois. [Elle s’emporte.] Lorsqu’on me dit que c’est un film-vérité, ça ne me plaît pas, ça me vexe. Parce que la vérité de la vie, ce n’est pas celle qu’il faut mettre au cinéma. On ne peut pas se contenter de copier-coller la réalité pour les besoins d’une fiction. C’est beaucoup de travail de faire croire que «c’est vrai».

Quel que soit le registre, tous vos comédiens se surpassent. Avez-vous cherché à les bousculer, à les sortir peut-être d’un certain confort?
Oh oui, indiscutablement. Les acteurs professionnels ont en permanence des réflexes, un certain confort comme vous dites. Mais je ne veux pas que les gens croient qu’il faut être odieux pour bien diriger. On a cette image des réalisateurs tortionnaires qui feraient des acteurs fabuleux. Il a, par exemple, été dit que Maurice Pialat parlait très mal à Sophie Marceau sur Police. Moi, je serais incapable de faire ça. Le seul truc que je peux dire, c’est «j’y crois pas». Ou «ça ronronne». Ce qui, pour certains, est déjà beaucoup! Mais faire souffrir un acteur pour les besoins d’un film, c’est pervers.

JoeyStarr, c’est un cas différent?
Oui et non. Sa grande force, c’est qu’il n’a pas de mauvais réflexes d’acteur. Il joue ce qu’il est. En revanche, lorsqu’il s’agit de pleurer, il se fout la pression, contrairement à des gens comme Karine Viard ou Marina Foïs, dont c’est le métier.

À Cannes, vous étiez très émue en recevant votre prix. Que ressentiez-vous? Une forme d’accomplissement? De revanche?

Le tournage de Polisse a été l’expérience la plus dure de ma vie. Sans parler du montage financier. On n’a pas été aidés par les chaînes hertziennes, ni par le CNC, ni par la Région Île-de-France… Lorsque j’apprends la sélection à Cannes, que j’ai de bonnes critiques, que je reçois le prix, ça libère et ça soigne le chagrin que j’ai pu éprouver. Mais ça ne me donne pas confiance pour la suite. En aucun cas. Au contraire, ça me place la barre très haut.

Polisse
En salle dès vendredi

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