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« Comme du papier sablé qui gratte les parois d’un tuyau »

Oléoduc Photo: Depositphotos
Bousquet-Richard Simon - TC Media
Alors que les gens proches de l’industrie se réjouissent de l’inversion du flux du pétrole sur la ligne d’oléoduc entre Sarnia et Montréal, les groupes écologistes craignent le pire.

Selon les défenseurs de l’environnement, le plan annoncé par la compagnie Enbridge augmentera les risques de fuites et la pollution atmosphérique au Québec et en Ontario. « Enbridge veut refiler les risques de déversements toxiques et hausser la pollution atmosphérique sur le territoire québécois et ontarien », a indiqué le porte-parole de l’organisme Environmental Defence, Gilian McEachern.

Le tracé original du Trailbreaker est composé des oléoducs reliant Sarnia à Montréal et Montréal à Portland. Ces oléoducs transporteront le pétrole en provenance des sables bitumineux albertains en empruntant les oléoducs Alberta Clipper d’Enbridge et le Système Lakehead. « Enbridge s’apprête à faire passer l’un des pétroles les plus polluants dans les régions les plus populeuses », s’inquiète le porte-parole d’Équiterre, Steven Guilbeault.

Risques de fuite

« Faire transiter du pétrole brut des sables bitumineux à travers ce genre de pipeline serait l’équivalent de déplacer du papier sablé, liquide, extrêmement chaud qui gratte les parois d’un tuyau, ce qui augmente les risques de fissures de pipeline plus âgés et moins solides », peut-on lire dans le communiqué émis par les groupes écologistes.

Toujours selon les environnementalistes, les déversements de pétrole issus des sables bitumineux sont plus difficiles à nettoyer et plus dommageables pour l’environnement et pour la santé publique que les déversements de pétrole conventionnel. « Entre 2002 et 2012, il y a eu en moyenne un déversement par mois chez Enbridge. Certains étaient petits, mais d’autres étaient très importants », raconte M. Guilbeault, citant en exemple le déversement de 20 000 barils de pétrole dans la rivière Kalamazoo au Michigan, en juillet 2010.

Impacts locaux

Le porte-parole d’Équiterre craint pour la santé des résidents de l’est de Montréal. Il les prévient que « le raffinage du pétrole des sables bitumineux à la raffinerie Suncor aura un impact majeur. Ce pétrole est beaucoup plus polluant que le pétrole conventionnel. »

De plus, M. Guilbeault trouve farfelues les affirmations des gens de l’industrie selon lesquels les citoyens pourraient payer moins cher pour le pétrole. « Je ne comprends pas comment des gens qui se disent des experts en économie peuvent dire des choses comme cela. Les prix ne sont pas déterminés à Calgary, ils sont déterminés sur le cours mondial. »

Un projet polluant

Du même souffle, le porte-parole dit n’avoir vu aucune étude indépendante qui valide l’affirmation selon laquelle le transport du pétrole étranger par bateau serait plus polluant que le transport des sables bitumineux par oléoduc. « Pour nous, la stratégie n’est pas d’où vient le pétrole, mais de réduire la dépendance au pétrole. »

Avec les rapprochements entre la Chine et le Canada, notamment l’acquisition d’un champ pétrolifère par PetroChina et le projet Northern Gateway qui permet d’expédier le pétrole vers l’empire du Milieu, tout porte à croire que si le pétrole n’est pas raffiné au Québec, il le sera en Chine. Est-il préférable de raffiner le pétrole selon les règles canadiennes? « Les normes environnementales tendent à disparaitre au pays. Cet argument est de moins en moins vrai », déplore M. Guilbeault.

Selon lui, il faudrait s’attaquer directement aux normes d’extraction des sables bitumineux. « C’est le Far West là-bas! Il n’y a pas si longtemps, il n’y avait aucune norme de contrôle de l’eau […] Maintenant, il y a un genre de monitering fait pas l’industrie elle-même, explique-t-il. Nous serons d’accord avec l’exploitation le jour où elle se fera de façon respectueuse. »

Débat public

L’annonce du renversement du flux de Trailbreaker s’est fait une semaine avant le début des audiences publiques sur le projet. « Le pire est que la compagnie ignore le débat public actuel », déplore M. McEachern de l’organisme Environmental Defence.

Malgré ces audiences, M. Guilbeault s’inquiète que l’Office national de l’énergie (ONE) n’évalue que le renversement du flux et non l’ensemble du projet. « Nous avons des inquiétudes puisque l’ONE refuse toujours d’étudier les risques sur la santé, l’environnement et la sécurité que représente le transport du pétrole des sables bitumineux, surtout à travers ces pipeline vieillissants. »

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