Fricassée de casseroles sur le Plateau
Soir après soir, depuis plus d’une semaine, les citoyens débarquent dans la rue, malgré que le maire de Montréal, Gérald Tremblay, ait demandé à ce que les manifestants demeurent sur leur balcon.
L’événement se veut festif et rassembleur. Jeunes, moins jeunes et familles forment un cortège hétéroclite et coloré qui déambule dans les rues, avec pour seul objectif de faire entendre la voix d’une population qui se considère ignorée par le gouvernement.
Marino Tremblay, un résident de La Petite-Patrie, manifeste habituellement dans son quartier. Cette fois-ci, il a décidé d’enfourcher son vélo, sur lequel il a installé un arbre de carrés rouges lumineux, pour faire la tournée des arrondissements voisins, afin de voir ce qui s’y passe.
« Je suis ici pour faire entendre toute la colère et le désaccord que je peux ressentir envers ce qui se passe au Québec, mais aussi au Canada. Je me promène avec mon arbre en soutien à la lutte étudiante. Cette contestation-là est le fruit de la société, comme les carrés rouges sont les fruits de mon arbre », indique-t-il.
Une jeune maman, accompagnée de sa fille âgée de cinq ou six ans, confie qu’il s’agit de sa deuxième participation « aux casseroles ». Elle estime qu’il est important que sa fillette « apprenne à s’exprimer d’une manière pacifique ». Quant à l’issue des négociations qui ont repris cet après-midi (28 mai), elle « n’est pas convaincue, mais espère » que le conflit se règlera bientôt.
Pour sa part, une autre manifestante souhaite également que les deux parties en arrivent à un accord, « mais pas à n’importe quel prix ».
Des artistes se prononcent
Lors de la manifestation, le journal Le Plateau a croisé les comédiens Hélène Florent et Danny Gilmore, casserole et cuiller de bois en main.
« Ça fait trois ou quatre soirs qu’on participe. Habituellement, je fais ça de mon balcon, mais ce soir je suis descendue dans la rue », explique Mme Florent.
« Personnellement, j’appuie le mouvement étudiant. Je suis même pour la gratuité scolaire. Je trouve aussi que la loi 78 est complètement anti-constitutionnelle puisqu’elle brime la liberté des gens. La démocratie, ça ne se pratique pas seulement lors d’un vote. Si nous ne sommes pas d’accord avec ce que le gouvernement fait, il est normal de sortir dans la rue », soutient M. Gilmore.
Tout comme les autres citoyens interrogés, les deux comédiens se disent sceptiques quant à l’issue des négociations entamées.
« Suis-je optimiste? Je ne le sais pas. Je pense que ça va être long. J’essaie d’être positive et de me dire que ça va s’arranger. Mais ça fait vraiment du bien, les casseroles. C’est un mouvement de ralliement qui nous permet de rencontrer des gens qui habitent sur notre rue et qu’on ne connaissait pas. Ça va vraiment au-delà de la cause étudiante. Out Charest », fait valoir l’interprète de Stéphanie dans la série La Galère.
« C’est merveilleux parce que les citoyens parlent, mais c’est fâchant parce que le gouvernement n’écoute pas. Il est où Charest? Espérons qu’il y aura des élections bientôt et que les gens iront voter », croit M. Gilmore.
Manifestation festive
Dès le début du rassemblement, des centaines de manifestants ont emprunté l’avenue Mont-Royal en direction est, escortés par deux voitures de police. Tout au long de la parade, des gens s’y sont greffé et sont venus en gonfler les rangs. Quand la foule ne scandait pas le célèbre slogan « La loi spéciale : on s’en câlisse ! », on n’entendait que le bruit de la ferraille martelée.
Plusieurs passants et automobilistes, de même que les gens qui flânaient sur les terrasses ont manifesté leur appui en applaudissant ou en klaxonnant le cortège sur son passage. Les manifestants ont ensuite emprunté la rue Chabot en direction nord avant de se diriger vers l’ouest sur le boulevard Saint-Joseph afin d’aller rejoindre d’autres groupes de manifestants sur la rue Saint-Denis. Lors du passage du journal Le Plateau, l’événement se déroulait dans le calme et aucune arrestation n’avait été effectuée.