Gaspard, un traitement qui a du chien!
« À Lucie-Bruneau, on aime aller de l’avant avec des projets novateurs. On cherche toujours de nouvelles méthodes pour améliorer le traitement de réadaptation de nos clients. Le projet est né de la volonté d’une de nos thérapeutes de trouver une « aide à la marche » pour certains clients qui ont une condition particulière », soutient Sylvie Bourbonnais, chef de programme en clinique spécialisée à l’établissement du Plateau-Mont-Royal.
Gaspard a été formé pendant près de deux ans par l’organisme MIRA, qui dresse également les chiens d’assistance pour les aveugles, avant de se retrouver au CRLB. Lorsqu’il porte son harnais, il répond au doigt et à l’œil. Il doit donc être capable de s’adapter facilement aux différents intervenants et clients du programme.
Une fois son harnais retiré, il redevient un chien (presque) ordinaire. En effet, même s’il a besoin de jouer et de se dégourdir les pattes, il est primordial de faire preuve de rigueur pour ne pas réveiller ses instincts de chasseur et conserver son tempérament docile. Interdiction, donc, de lui lancer la balle ou de le laisser sauter sur les gens à leur arrivée!
Retombées positives
Le chien de réadaptation consiste souvent en la dernière étape avant que des personnes souffrant d’une maladie dégénérative ne soient confinées dans un fauteuil roulant ou un quadriporteur. Les exercices réalisés avec l’animal leur permettent de développer leur endurance physique et leur sens de l’équilibre, de se déplacer sur des surfaces inégales ou de gravir des escaliers. Ils conservent donc une plus grande autonomie pendant plus longtemps.
« Par exemple, une personne qui souffre d’ataxie, une maladie caractérisée par un manque de coordination globale des mouvements volontaires, peut avoir de la difficulté à stabiliser sa canne. À l’opposé, elle peut vraiment s’agripper au chien pour maintenir son équilibre », illustre Dominique Raymond, physiothérapeute au CRLB qui intègre Gaspard à ses plans de traitement depuis maintenant un an et demi.
Si la canne et le déambulateur peuvent être utiles, ils sont parfois inadaptés aux besoins des patients parce qu’ils sont statiques. Ils ne peuvent donc pas « réagir » aux imprévus, ni s’adapter à la personne qui les utilise.
Outre les avantages « physiques », la présence de Gaspard offre de nombreux « bienfaits collatéraux ». L’animal a un effet apaisant sur ses patients. En effet, on remarque une diminution significative du cortisol, couramment appelée l’hormone du stress, de la fréquence cardiaque et de la tension artérielle. Le chien est également une source de motivation pour les patients, parce qu’il réagit lorsqu’ils effectuent un mouvement.
Depuis peu, Gaspard est également sollicité lors d’interventions psychologiques. De par sa présence, il aide les gens à se dévoiler et à établir le contact, parce que l’attention n’est pas portée sur eux, mais plutôt sur le chien. Il les pousse également à vulgariser leurs besoins et leurs limites (par exemple : « arrête de me lécher »).
L’usage d’un animal dans le cadre d’un traitement peut parfois être à l’origine d’imprévus au grand potentiel thérapeutique, comme en témoigne Brigitte Whelan, psychologue.
« Lors d’une séance, Gaspard nous a gratifié d’une flatulence nauséabonde. Mais grâce à son pet, j’ai pu traiter du thème de l’incontinence, un sujet que le patient trouvait difficile à aborder », explique-t-elle.
Elle soutient également que l’animal peut faire preuve d’une grande sensibilité, en allant vers les patients ou en soutenant le regard des patients lors d’un moment difficile.
Rigueur
L’apport de Gaspard au CRLB est énorme. Toutefois, sa présence demande des efforts considérables.
« Ça demeure exigeant, parce que c’est un travail constant. Il faut bien planifier nos rencontres afin de ne pas le mettre en danger et s’assurer de répondre à ses besoins. Lors de la séance, notre attention est également répartie entre le chien, le client et leur interaction. Ça demande beaucoup de rigueur et une uniformité entre les intervenants », confie Julie Fournier, ergothérapeute.
Néanmoins, la chef de programme, Mme Bourbonnais, croit que le jeu en vaut la chandelle. Cependant, lorsqu’on lui demande si l’établissement compte accueillir un deuxième chien de réadaptation, elle répond que cela n’est pas envisagé pour l’instant.
« Il faut trouver une famille d’accueil, s’assurer de la continuité entre le CRLB et la maison. Ça demande aussi beaucoup de sacrifice, car il y a un lien qui se crée, mais ça demeure que ce n’est pas notre chien. Pour l’instant, on aime mieux se limiter à un animal, mais s’assurer qu’il est bien utilisé », conclut-elle.
Âgé de sept ans, Gaspard prendra sa retraite du CRLB d’ici quelques années. Il sera confié aux bons soins de sa famille d’accueil. À ce moment, l’organisme adoptera un nouveau chien.
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