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Un peuple abandonné

Le 9 septembre dernier, un rapport de l’Office québécois de la langue française nous apprenait que les Francophones pourraient devenir minoritaires d’ici 20 ans sur l’île de Montréal. Si tel devait être le cas, il ne faut pas être grand prophète pour prédire que la minorisation du français à Montréal porterait tôt ou tard un coup fatal au français dans le Québec tout entier.

Questionné le 11 septembre dernier sur ces prévisions inquiétantes, le premier ministre Jean Charest a répondu : «Ces chiffres pris hors contexte peuvent avoir l’air graves,  mais il faudra pousser les analyses avant de conclure à l’effacement du français dans la métropole.» Et de mettre en garde les Québécois contre des conclusions hâtives et catastrophistes.

On ne peut qu’être impressionné par ce prodigieux sang-froid. Reste à savoir ce qui l’inspire.
 
Tout le monde sait que l’inquiétude des Québécois sur le sort de leur langue constitue un des principaux arguments en faveur de la souveraineté. Pour des raisons démographiques, le poids du Québec dans le Canada diminue inexorablement et son influence politique suit la même courbe. Or, moins on possède de pouvoirs, plus il devient difficile de défendre ses intérêts, et cela inclut ses intérêts linguistiques et culturels. Le simple bon sens ne nous dit-il pas d’ailleurs qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même?

En calmant les inquiétudes de ses compatriotes, le chef du Parti libéral diminue les chances des souverainistes de reprendre le pouvoir et augmente donc les siennes d’y rester (car on sait maintenant qu’il rêve d’un quatrième mandat). Advienne que pourra du français au Québec! Le goût du pouvoir semble l’avoir toujours emporté chez Jean Charest sur le goût du Québec. En huit ans, le gouvernement libéral s’est surtout fait remarquer dans le dossier linguistique par son inaction, sa mollesse et son cynisme. Des exemples? Il coupe dans les budgets de francisation pour les immigrants et instaure pour eux des cours d’anglais afin d’améliorer leur employabilité à Montréal. On voit de quel côté souffle le vent.

Des critiques équivalentes pourraient être portées contre la chef du Parti québécois, Pauline Marois. Il serait injuste et même odieux de vouloir la présenter comme l’équivalent de Jean Charest. En effet, l’opportunisme de ce dernier et son indifférence pour l’avenir de notre peuple m’apparaissent imbattables.

Mais, à d’autres égards, Mme Marois n’est pas sans reproches. Nous admirons tous le courage incroyable qu’elle manifeste devant son impopularité comme devant l’affaiblissement graduel de son leadership dans le parti qu’elle dirige. Reste à savoir ce qui inspire ce courage. La ténacité ou l’entêtement? Les intérêts bien sentis du Québec ou le désir de devenir la première femme de notre histoire à diriger un gouvernement québécois? Ce rêve, de toute façon, risque fort de ne jamais se réaliser. En effet, il apparaît de plus en plus clairement que, si Mme Marois reste à la tête du Parti québécois, les troupes souverainistes s’en vont vers un massacre aux prochaines élections.

Ce massacre ne pourra qu’affaiblir un peu plus le Québec. Et, comme si ce n’était pas assez, voilà qu’un nouveau chef vient d’apparaître sur notre scène politique, François Legault qui, avec un courage tout aussi admirable, nous promet, si on le porte au pouvoir, d’enterrer le projet de souveraineté et d’oublier toute réforme constitutionnelle.

De plus en plus, les Québécois m’apparaissent comme un peuple abandonné par ses dirigeants. Pas surprenant que lorsque surviennent des élections, ils donnent l’impression de ne pas savoir où donner de la tête.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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