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L'Amazonie dans le sang

Nichée dans le bassin amazonien péruvien se trouve la réserve naturelle de Tambopata, sans doute l’un des plus riches réservoirs de biodiversité de la planète. Ses forêts vierges sont protégées par l’État, mais la forêt tropicale humide amazonienne qui l’entoure est menacée par l’activité humaine.

Des forêts disparaissent à cause de l’exploitation forestière illégale, des petits mineurs qui abattent des arbres et érodent les rivières à la recherche d’or et des agriculteurs qui cultivent le terrain forestier. Debout contre les forces anonymes qui mutilent l’Amazonie se tient un homme littéralement prêt à verser son sang pour les arbres : Victor Zambrano. Né il y a 65 ans près de la ville de Puerto Maldonado, en bordure de Tambopata, M. Zambrano a grandi sur une ferme à proximité de la réserve; le respect de la faune et de la flore a donc germé en lui dès son plus jeune âge. La vie a toutefois voulu qu’il parte étudier à Lima avant de gagner les rangs de la marine, loin de la jungle.

M. Zambrano sera toutefois rattrapé par son destin. En 1987, il retourne à Tambopata en quête du paradis verdoyant de son enfance. Espérant y mener une vie tranquille, il se heurte plutôt à un problème de taille : non seulement le paradis de ses souvenirs n’existe plus, mais ce qu’il en reste n’appartient même plus à sa famille.

«J’étais un étranger sur ma propre terre. La ferme familiale, par des ruses juridiques, était devenue la propriété d’une coopérative agricole formée de pionniers», se rappelle M. Zambrano. «Ce que j’avais devant moi était désolant, poursuit-il. Au lieu de la forêt de mon enfance, j’ai découvert une terre ravagée, ne comptant plus que quelques arbres et une poignée d’animaux luttant pour leur survie.»

M. Zambrano décide de se battre pour reprendre possession de sa terre et la redonner à la jungle. Le combat s’annonce ardu. Il revient s’établir à Puerto Maldonado et emménage dans une petite maison de bois. Sa bataille juridique s’étire sur des années, pendant lesquelles il doit affronter les pionniers, qui continuent de piller la forêt. Malgré les menaces de mort, il tient bon et continue de planter des arbres.

Un jour, les pionniers tentent de l’évincer de force. M. Zambrano leur fait face, mais réalisant que ses adversaires sont tout simplement trop nombreux, il s’inflige un coup de couteau à la poitrine pour leur démontrer qu’ils vont devoir le tuer avant de l’arracher à sa terre. À la vue du sang, les hommes prennent peur et s’enfuient. D’autres voisins commencent alors à le respecter en tant que leader… peut-être un peu fou, mais prêt à mourir pour sa jungle.

Une fois sa terre récupérée, une tâche colossale reste à accomplir : la reboiser. «Avec un petit coup de pouce, la nature peut se restaurer d’elle-même. La terre aride où broutait du bétail est redevenue une jungle», confie fièrement M. Zambrano. Elle compte maintenant 120 espèces de plantes et plus de 19 000 arbres. La flore ravivée a ramené la faune, notamment des cerfs, des jaguars et des colverts. Le premier arbre qu’il a planté, un châtaignier, fait maintenant 20 mètres.

Aujourd’hui, le refuge K’erenda Homet (le nom de sa fille, qui signifie «lumière» en ese’eja, la langue autochtone locale) s’étend sur 36 hectares et a été déclaré zone de conservation privée. M. Zambrano a retrouvé sa maison, sa jungle… et le paradis de son enfance.

Tambopata

Comment se rendre à la réserve naturelle à partir de Lima, capitale du Pérou.

Des vols quotidiens font la liaison entre Lima et Puerto Maldonado, capitale de la région de Madre de Dios. Le gîte K’erenda se trouve à 30 minutes de l’aéroport (dans les 3,7 km de la route Puerto Maldonado-Isuyama). Au refuge K’erenda Homet, M. Zambrano a aménagé deux huttes doubles pour y accueillir des visiteurs, une aire de camping et un petit port à côté de la rivière. Il offre en outre différentes randonnées qui vous permettront d’approfondir vos connaissances sur la protection de l’environnement et les plantes médicinales.

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