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Le français à sa place

Tu continues à répondre en anglais quand on te salue en anglais, dans la rue, au restaurant ou dans les commerces, t’imaginant faire ainsi preuve d’une belle ouverture.

Tu continues à pratiquer ton anglais en conversant avec tes amis anglophones ou allophones, oubliant que tu pourrais leur permet­tre de pratiquer leur français.

Tu continues à baragouiner ton français, parlé et écrit, tout en t’empressant de signaler twofivefoursix…

Tu continues à passer aussitôt à l’anglais dès les premiers mots prononcés avec un accent qui n’est pas tout à fait «de souche».

Tu continues à utiliser de nombreux mots anglais, comme en France, négli­geant le fait que, là-bas, le vocabulaire est ample et les structures de phrases, bon­nes; on n’y a pas vécu deux siècles et demi de colonisation anglo-saxonne.

Tu laisses le bilinguisme s’installer partout, dans les réunions formelles ou informelles, sans tenir compte que, sans crier gare, l’une de ces langues va prendre toute la place. Laquelle, d’après toi?

Tu ne réagis pas contre les enseignes en anglais dans les rues que tu parcours, te contentant du bilinguisme à l’instar de l’OQLF dans sa campa­gne sur l’affichage.

Tu acceptes que les «vraies affaires» doivent passer avant la langue, comme le proclament les «vrais» politiciens.

Tu ne prends pas parti sur la question de la lan­gue, assuré que tu ne peux rien y faire, pas plus, d’ailleurs, que les personnes de ton entourage immédiat.

Tu te fous de tout ce qui précède. Bientôt, tu n’auras plus besoin de recettes pour mettre le français à sa place, car, en chœur, tes enfants et tes petits-enfants te chanteront : «Mommy, Daddy, I love you dearly.»

– Normand Breault

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