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Les biomasses: De déchets à source énergétique

Biomasse résiduelle, méthanisation, bioréacteur… Vous n’y comprenez rien? Pourtant, c’est derrière ce charabia technique que se cache une partie de l’avenir énergétique du Québec. Depuis l’annonce en novembre 2009 des objectifs de réduction de 20 % des émissions de gaz à effet de serre pour 2020 par rapport à 1990, les initiatives pour tirer de l’énergie verte à partir des biomasses se multiplient au pays.

Ironiquement, une des plus belles avenues écologiques risque d’être un combustible qui a déjà fait ses preuves par le passé : le bois. La biomasse forestière se compose tout simplement des cimes et des branches abandonnées après les coupes, que l’on brûle afin d’en tirer de l’énergie. Une quarantaine de membres de la Fédération québécoise des coopératives forestières l’exploite actuellement pour remplacer les chauffages au mazout d’hôpitaux et de bâtiments municipaux.

Pour que la démarche soit écologique, les rebuts doivent être prélevés dans des forêts aménagées. «On ne peut pas tout couper et ensuite construire un centre commercial, explique le directeur adjoint et au développement de la Fédération, Eugène Gagné. Le gaz carbonique émis lors de la combustion doit être capté par les arbres qui vont repousser. La forêt doit donc se régénérer.»

«C’est une énergie bon marché, ajoute Eugène Gagné. Elle revient à trois cents le kilowatt-heure et nous en avons presque partout.» En comparaison, l’hydroélectricité, déjà peu chère au Québec, est à environ sept sous. Mais les installations pour l’utilisation de cette énergie sont onéreuses. Des chaudières automatisées, nécessaires pour assurer une bonne combustion, refroidissent souvent les intéressés, malgré des subventions du gouvernement.

Alchimiste des temps modernes
Si le recyclage et le compostage peuvent donner une seconde vie à la moitié de nos déchets quotidiens, beaucoup de biomasse résiduelle reste dans nos vidanges. Mais le chercheur québécois Esteban Chornet a développé un procédé pour créer de l’énergie à partir… d’à peu près tout! Parmi les usines de sa société Enerkem, celle de Westbury s’est distinguée en produisant des biocarburants à partir de vieux poteaux électriques en bois. «Avec une boite à pizza souillée, de vieux vêtements ou même des chaussures, on peut produire des biocarburants, développe la vice-présidente aux affaires gouvernementales et communications, Marie Hélène-Labrie. Au final, quatre fois plus d’énergie sort de nos usines qu’il n’en rentre.»

En 2008, Enerkem a signé une entente avec la ville d’Edmonton, en Alberta, pour améliorer la revalorisation de leurs déchets. «Cette ville est déjà chef de file avec un taux de 60 % grâce au recyclage et au compostage, explique Marie-Hélène Labrie. Avec notre procédé, elle a atteint 90 %.» De son côté, Éric Camirand, président de l’entreprise québécoise Électrigaz, a choisi la voie de la biométhanisation. À partir de matière organique placée et chauffée dans un bioréacteur, des bactéries digèrent les déchets et produisent du gaz.

«On peut utiliser des carottes, de la viande, du lisier ou même des boues de stations d’épuration», détaille celui qui a mené des projets en Allemagne, aux États-Unis et au Canada. Le gaz recueilli peut ainsi servir de combustible ou produire de l’électricité. Et les restes, après la digestion, font d’excellents composts et fertilisants.

Peu concurrentiel au Québec
Malgré toutes ces innovations et desprogrammes d’aide gouvernementale, beaucoup reste à faire selon les acteurs du milieu. «Le prix actuel très bas de l’énergie au Québec n’est pas un incitatif pour la biométhanisation, soulève Éric Camirand. Dans les provinces voisines, où l’électricité coûte jusqu’à 18 cents le kilowatt-heure, là, on devient concurrentiel.»

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