Newt Gingrich: «Nous devons établir qui sont les ennemis de notre nation»
Le 2 novembre, les Américains se rendront aux urnes pour les élections de mi-mandat. Métro a rencontré l’homme qui a mené les républicains à une victoire électorale historique en 1994. Entretien avec Newt Gingrich, figure de proue des républicains et candidat potentiel à la présidence des États-Unis.
Le républicain le plus influent n’assume aucune responsabilité politique. Depuis sa démission en tant que président de la Chambre des représentants, il y a 11 ans, Gingrich n’est qu’un citoyen comme les autres, donnant des conférences, écrivant des livres et réalisant des documentaires. Mais l’homme qui a mis fin à 40 ans de majorité démocrate au Congrès demeure le chef de la droite américaine. Dans une entrevue exclusive, il nous explique pourquoi il est favorable au Tea Party [mouvement de droite issu des protestations contre le plan de sauvetage des banÂques] et en quoi les terroristes qui se réclament de l’Islam ressemblent aux Soviétiques. Il évoque aussi son éventuelle candidature à la présidentielle de 2012.
Le Tea Party est-il une bonne ou une mauvaise chose pour les républicains et votre pays?
Ce mouvement partage et renforce les valeurs conservatrices, à savoir de bas impôts, des dépenses responsables et un appareil gouvernemental réduit. Selon un sondage Gallup, 59 % des Américains estiment que le gouvernement fédéral a trop de pouvoir. Nous avons besoin de chefs qui défendent les principes et les convictions des citoyens. Donc, oui, je crois que le Tea Party, qui milite en faveur des citoyens, est une bonne chose. Ce mouvement renforce et stimule le Parti républicain et la nation.
Quel est le principal enjeu de ces élections?
L’emploi. Il s’agit d’une élection entre le parti des créateurs d’emplois et celui des destructeurs d’emplois, entre le Parti républicain des chèques de paye et le Parti démocrate des coupons alimentaires. Les mauvaises décisions de l’administration actuelle ont systématiquement détruit les emplois. Quand j’étais président de la Chambre, le taux de chômage était passé de 5,6 % à 4,2 %, et les coupons alimentaires avaient chuté de près de 9 millions pour ne plus être utilisés que par 18 millions d’Américains. La présidente actuelle [démocrate], Nancy Pelosi, a vu depuis 2007 le taux de chômage bondir de 4,6 % à 9,6 % et le nombre de bénéficiaires de coupons alimentaires atteindre le nombre record de 41,8 millions.
Vous êtes historien. Quelles leçons peut-on tirer du siècle passé?
L’importance qu’il y a à reconnaître et à définir les ennemis de la nation. À cet égard, la guerre froide nous offre un bel exemple. Après la Deuxième Guerre mondiale, la gauche américaine a accueilli avec romantisme plusieurs idées mises de l’avant par Moscou et a été aveugle au fait que Staline avait déjà massacré des millions de Soviétiques et était sur le point d’assujettir l’Europe de l’Est. Aujourd’hui, l’élite politique des États-Unis refuse de reconnaître que les islamistes radicaux sont nos ennemis. Je crois qu’ils constituent pourtant une grave menace pour notre pays, et que ce n’est qu’en tirant des leçons du XXe siècle que nous pourrons assurer notre sécurité et notre prospérité.
Que dites-vous aux républicains qui font campagne?
Qu’au cÅ“ur de cette élection, il y a un choix fondamental à faire. D’un côté, vous avez un parti au pouvoir qui s’emploie à détruire les emplois. De l’autre, vous avez le Parti républicain, qui est appelé à devenir le parti des chèques de paye. Les candidats républicains doivent souscrire à un programme similaire à celui que nous avons mis en Å“uvre dans les années 1990, lequel a permis de créer un nombre record d’emplois et de générer des surplus budgétaires.
Qui remportera ces élections?
Joe Gaylord, qui m’a aidé durant la rédaction de Contract with America en 1994, avait été visionnaire à l’époque. Il avait prédit que nous aurions 52 sièges de plus à la Chambre. Nous avions fini par en remporter 54, ce qui nous avait assuré la majorité pour la première fois en 40 ans. Eh bien, Gaylord a analysé les élections de cette année et, selon lui, les républicains obtiendront 59 sièges de plus.
Selon les rumeurs, vous vous porteriez candidat à la présidentielle de 2012. Est-ce vrai?
Ma femme, Callista, et moi prendrons une décision à ce sujet en février ou en mars l’an prochain.
Profil
- Nom : Newton «Newt» Gingrich
- Formation et emploi : titulaire d’un doctorat en histoire moderne européenne, il est professeur au West Georgia College.
- Carrière politique : il est auteur de l’ouvrage Contract with America, un manifeste politique qui a permis aux républicains d’obtenir la majorité à la Chambre des représentants en 1994, une première en 40 ans (on a alors parlé de la «révo-lution républicaine»). Élu Personnalité de l’année par Time en 1995, il a été président de la Chambre des représentants de 1995 à 1999. Il pourrait être le candidat-vedette des républicains à la présidentielle de 2012.
- Famille : marié en secondes noces à Callista Bisek, il a deux filles d’un premier mariage.
- Anecdote : il s’intéresse aux dinosaures.