Radio-Canada dénonce une publicité «regrettable» du PQ
Radio-Canada a vivement déploré, mardi, l’utilisation par le Parti québécois «du titre, du style humoristique et même d’une voix apparentée à celle de l’animateur Philippe Laguë» dans des publicités radiophoniques.
Ces éléments sont directement tirés du contenu et de la forme de la populaire émission de radio « À la semaine prochaine », selon la société d’État. Celle-ci a indiqué, dans un communiqué publié en fin d’après-midi mardi, que «ce rapprochement, qui n’échappera à aucun auditeur familier de l’émission, est doublement regrettable».
Selon Marc Pichette, le premier directeur des relations publiques de Radio-Canada, la publicité contrevient carrément aux droits d’auteur appartenant à l’organisation «sur le titre, le style et le contenu de l’émission».
Ladite publicité, diffusée sur des ondes de plusieurs radios privées à l’échelle de la province, peut également «causer un préjudice important au diffuseur public en période de campagne électorale», a ajouté Radio-Canada.
«La moindre apparence de connivence avec un parti en lice peut remettre en question la crédibilité et l’impartialité de notre couverture.» -La société Radio-Canada, visiblement mécontente du choix qu’a fait le Parti québécois dans sa publicité.
Dans sa missive, la société Radio-Canada dit également étudier les mesures à prendre dans les circonstances. Pour l’instant, la société d’État n’émettra aucun autre commentaire sur le sujet.
Entendue et dévoilée partiellement sur les ondes de la station privée 98,5 FM, la publicité du PQ est d’abord lancée par une voix, qui n’est pas celle de Philippe Laguë, mais qui y ressemble sur le ton. «Heille, un résident de CHSLD [Centres d’hébergement de soins de longue durée], qu’est-ce qu’il dit, lui, après son bain? À la semaine prochaine», lance alors la voix en question.
Mardi, l’animateur Philippe Laguë a lui aussi condamné l’usage de sa personnalité dans une publicité politique. Dans une entrevue avec le quotidien Le Devoir, il a notamment affirmé que jamais son équipe ou lui-même n’ont été consultés dans le processus. Il a déploré du même coup que des gens puissent penser, à cause de la publicité, qu’il est impliqué dans la campagne électorale. «Jamais je ne ferais un truc semblable, surtout pas en campagne électorale, voyons», a-t-il déclaré au média indépendant.
Le PQ se défend
Le Parti québécois se défend toutefois d’avoir effectué un rapprochement quelconque dans la publicité en question. La formation politique estime que les mots employés n’appartiennent à personne dans l’espace public.
Rejoint par Métro, l’un des porte-paroles du parti, Louis Lyonnais, a souligné «qu’il s’agit d’une formule très commune de salutation pour souligner qu’on se revoit dans une semaine». «Nous pensons que cette formule appartient à tout le monde», a-t-il renchéri.
En mêlée de presse, mardi, le chef du PQ, Jean-François Lisée, a abondé dans le même sens et il a affirmé qu’il ne retirera pas la publicité des ondes.
«Je suis assez vieux pour me souvenir qu’à la fin de la Lutte Grand Prix, Édouard Carpentier, le lutteur devenu animateur, finissait toujours en disant “à la semaine prochaine, si Dieu le veut”. À la semaine prochaine, c’est une phrase qui existe dans la langue française depuis avant Voltaire, elle n’appartient à personne», a-t-il noté à ce sujet.
«J’ai l’impression que c’est un stunt pour donner de la publicité à l’excellente émission À la semaine prochaine. Ils sont ingénieux, à Radio-Canada», a ensuite lancé le chef péquiste sur le ton de l’humour, estimant que la situation est «tellement farfelue».
La situation n’est pas sans rappeler celle du Parti libéral du Québec (PLQ) qui, en mars dernier, s’était lui aussi mis dans l’embarras après avoir utilisé la voix de la comédienne et auteure Christine Beaulieu sans son consentement, dans une publicité dénonçant les pratiques de la Coalition avenir Québec (CAQ). L’équipe de Philippe Couillard s’était finalement rétractée et avait supprimé sa publicité quelques heures après sa publication.