Banques et pétrole
Dans un article du Wall Street Journal intitulé : «La banque Morgan Stanley vend des barils de pétrole», on pouvait lire : «Morgan Stanley est un important fournisseur de mazout et détient le quart des réserves d’huile à chauffage d’Amérique. Et elle constitue le deuxième vendeur d’électricité. Cette unité génère des sommes astronomiques.» Est-ce normal qu’une banque agisse ainsi sur le marché des ressources naturelles et des aliments en plus de tripoter leurs prix avec des contrats à terme? Le prix du pétrole et du minerai repose sur de la spéculation. Avant d’être livré, un baril de pétrole est vendu et racheté 27 fois. Ayoye!
Puis, dans un article du Devoir du 24 juillet 2010 titré : «Morgan Stanley fait des sous à Montréal-Est», on apprenait qu’en 2006, cette banque américaine avait acheté d’Olco ses 40 réservoirs montréalais s’ajoutant aux autres terminaux qu’elle détient. Ainsi, elle peut stocker du pétrole afin de mieux manipuler les prix en réduisant artificiellement l’offre. Toujours en 2006, elle a acquis 80 navires pétroliers. En 2009, elle a payé une amende en Floride pour effacer des accusations de gonflement des prix en utilisant l’ouragan Ike comme prétexte. Les pétrolières nous avaient servi le même prétexte fallacieux ici. Faut-il se surprendre du titre de cet article de La Presse du 29 juillet 2009 : «Selon un rapport américain [Autorité des marchés de matières premières] la spéculation a dénaturé les prix du pétrole»?
Même si les preuves de spéculation sont innombrables, les profiteurs et leurs franchisés continuent à nier, comme notre premier ministre: «Énergie : Harper défendra le libre marché», lui qui, en 2008, avait dit que les Canadiens se faisaient escroquer par les pétrolières. Un marché libre dirigé par des truands!
Ces banques ont le même comportement préjudiciable dans tout. Le Devoir du 13 mai 2010 titrait : «Après Goldman Sachs, la justice américaine enquête sur Morgan Stanley»… soupçonnée d’avoir vendu des produits financiers à ses clients tout en pariant sur leur effondrement. Hum! Enfin, on apprenait que Goldman Sachs avait versé, en 2008, 4,8 G$ à ses dirigeants, soit plus du double de son profit contre 4,5 G$ d’émoluments chez Morgan Stanley sur un bénéfice de 1,7 G$. Chacune d’elles avait reçu 10 G$ en fonds publics pour traverser la crise financière.
Aujourd’hui, la fonction traditionnelle de prêts est devenue secondaire pour les banques; la spéculation est plus payante. Et si elles gaffent, le contribuable les renflouera. Faut pas parler de nationaliser les ressources naturelles et d’étatiser les banques sinon je vais passer pour un abruti.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.