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Violences sexuelles: les étudiants de Concordia veulent être entendus

L'Université Concordia Photo: Mario Beauregard/Métro

Le Syndicat des étudiants et étudiantes de l’Université Concordia (CSU) estime que les autorités de leur établissement post-secondaire font preuve «d’indifférence» et ne respectent pas la loi en sélectionnant elles-mêmes les étudiants qui siègeront sur le groupe de travail sur les violences sexuelles.

En tant normal, tous les étudiants qui siègent sur des comités universitaires sont choisis par l’association étudiante qui les représente, une façon de faire «toujours respectée» par l’université cette année, a affirmé jeudi la coordonnatrice à la vie étudiante de CSU, Leyla Sutherland.

Pour ce comité de travail, qui découle des allégations d’inconduites sexuelles de membres du département d’études anglaises, l’Université Concordia a décidé de sélectionner elle-même les quatre étudiants qui y siègeront.

«Nous sommes profondément troublés que l’université ait décidé de se priver de ce processus, surtout avec l’importance de ce comité de travail qui se penchera sur un sujet très sensible», a déclaré Mme Sutherland. Cette dernière a par ailleurs souligné que la nouvelle façon de faire de l’université ne respecte pas l’esprit de la Loi sur l’accréditation et le financement des associations étudiantes. Celle-ci stipule que «l’association accréditée […] peut, seul, nommer les élèves qui […] sont appelés à siéger sur divers conseils».

L’administration plaide pour sa part qu’il s’agit d’un comité ad hoc, qui n’est pas «assujetti à la loi». Elle dit être en discussion avec CSU «pour tenter de résoudre cette question».

L’institution exige également des étudiants qui feront partie du comité qu’ils aient un «bon rendement académique». Ce critère pourrait exclure d’office des survivantes, croit Sophia Sahrane, la responsable à la pédagogie et à la recherche de l’Association pour la voix étudiante du Québec (AVEQ), un regroupement étudiant provincial, dont CSU fait partie. «Comment voulez-vous maintenir un bon rendement académique quand votre professeur est votre abuseur ou qu’il se trouve dans les mêmes locaux que vous», a-t-elle exposé.

En plus de pouvoir sélectionner les étudiants, CSU souhaite que quatre étudiants de 1er cycle – un de chaque faculté – ainsi que deux étudiants des cycles supérieurs siègent sur le nouveau comité pour «donner du poids à ce qu’ils entendent», notamment de la part des survivantes. Selon le plan actuel, la table de travail compterait 12 personnes, dont 4 étudiants, une «représentation plus importante que dans les autres entités universitaires», a spécifié l’institution.

Sophia Sahrane, responsable à la pédagogie et à la recherche à l’Association pour la voix étudiante du Québec (AVEQ), un regroupement étudiant provincial dont CSU fait partie, estime pour sa part que l’Université Concordia a créé ce comité rapidement «dans une tentative de détourner l’attention du scandale» autour du département d’études anglaises.
«Ce scandale, ce n’est pas qu’il y a des violences sur le campus, mais plutôt sa dissimulation intentionnelle» sans égard pour les survivantes, a jugé Mme Sahrane.

Même si elle croit en «la bonne foi des universités», Sophia Sahrane craint que la façon dont le comité de l’Université Concordia est formé ne crée «un précédent», car c’est le premier comité formé après le dépôt du projet de loi 151, qui exige que chaque institution d’enseignement supérieur se dote d’une politique pour prévenir et combattre les violences à caractère sexuel.

«C’est un parfait exemple que le projet de loi est imprécis, a-t-elle souligné. Il est basé sur la bonne volonté des universités et elles nous ont prouvé par le passé qu’on ne pouvait pas leur faire confiance [pour gérer les cas d’abus sexuels].»

Bien que le comité ad hoc passera «en revue les mesures prises par l’université pour se conformer aux exigences du projet de loi 151», un autre comité sur la violence à caractère sexuel, permanent, sera créé plus tard cette année, comme l’exige le projet de loi, a indiqué l’administration universitaire.

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