Montréal

Tristesse et colère lors de l’hommage à Nicholas Gibbs, abattu par la police

Tristesse et colère lors de l’hommage à Nicholas Gibbs, abattu par la police
Photo: Pablo A. Ortiz/Métro

Une centaine de personnes, parents, amis ou militants antiracisme, se sont réunis, dimanche, pour une marche silencieuse, à Notre-Dame-de-Grâce, afin de rendre hommage à Nicholas Gibbs, jeune Noir de 23 ans tué par la police montréalaise au mois d’aout dernier.

La nuit était tombée quand les marcheurs, partis du parc Trenholme, sont arrivés sur les lieux où Nicholas Gibbs est mort, le 21 août dernier, à l’angle du boulevard de Maisonneuve et de l’avenue Montclair. Le quartier était silencieux, illuminé par intermittence par des lampadaires clignotants. Finalement, ce sont des bougies qui sont venues éclairer les visages tristes des membres de la famille de Nicholas Gibbs.

«Je pensais que personne ne s’intéressait à cette situation. Mais je vois des visages, des Noirs, des Blancs, des Autochtones, tous les gens sont ensemble ici. C’est comme ça que le changement commence. C’est comme ça qu’on empêchera que ça arrive encore et encore», a lancé Jeremy Gibbs, le neveu de Nicholas, sur les lieux exacts de la mort de son oncle.

Plus tôt, il était en tête de cortège, avec sa famille, criant, entre peine et fureur, «no justice no peace, fuck the police», repris en chœur par les marcheurs derrière lui.

Si la colère se mêlait à la tristesse, c’est que tous ici étaient convaincus que Nicholas Gibbs est mort pour rien. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) avait d’abord affirmé que le jeune homme en crise, un couteau dans la main, constituait une menace pour ses agents. Pourtant, une vidéo publiée cette semaine par un témoin de la scène a convaincu ses proches et les militants présents hier que Nicholas était inoffensif.

Sur la vidéo, on le voit, en crise, aller et venir sur le boulevard de Maisonneuve, cerné par la police. Sur les images, impossible de savoir s’il tient bel et bien un couteau. Pourtant, au bout de quelques minutes, des coups de feu éclatent. Nicholas Gibbs s’effondre, touché par balle à cinq reprises. Sur les cinq tirs, deux balles ont atteint M. Gibbs dans le dos.

La famille de Nicholas Gibbs, jeune père, a déposé mardi une poursuite de plus de 1,1 M$ en dommages moraux et punitifs contre la Ville de Montréal.

Pour Marlihan Lopez, militante de Black Lives Matter, cet événement est symptomatique d’un problème récurrent, mêlant racisme systémique et mauvaise intervention policière sur les personnes souffrant de problèmes de santé mentale. «Il faut qu’une fois pour toutes, le Québec reconnaisse qu’il y a du racisme systémique. Et puis, les policiers ne devraient jamais être des intervenants de première ligne dans des situations de détresse psychologiques», a dénoncé Marlihan Lopez.

Le Bureau des enquêtes indépendantes a ouvert une enquête sur la mort de Nicholas Gibbs. Cependant, pour Dexter Xurukulasuriya, de l’organisme Résistance et pleine conscience, un des organisateurs de la marche, cette enquête ne changera rien. «Je n’ai aucune confiance dans l’enquête. Le mot « indépendantes » dans BEI, c’est une blague, et ce n’est pas drôle. C’est la police qui enquête sur la police», a-t-il lâché froidement.

Les militants ont lancé un appel pour désarmer la police, pour mieux adapter les interventions policières aux minorités non francophones et pour mieux financer les ressources en santé mentale pour la communauté noire. Ils ont aussi appelé la police à mettre fin au profilage racial.

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