Montréal

Visite de l’un des secrets les mieux gardés de Montréal

Visite de l’un des secrets les mieux gardés de Montréal
Photo: Josie Desmarais/Métro

À quelques mois de la cession du couvent des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph à la Ville de Montréal, le musée qui leur est consacré convie dimanche les Montréalais à un concert d’orgue dans la chapelle de l’avenue des Pins, au pied du mont-Royal. Ce sera aussi l’occasion de visiter leur musée, trop peu connu, bien qu’il abrite des pièces prestigieuses qui retracent à la fois l’histoire de Montréal et de la médecine. Visite guidée.

Sceau royal
En 1642, c’est à Jeanne Mance, cofondatrice de Montréal, qu’est confiée la tâche de fonder un hôpital au fort Ville-Marie. Elle érige d’abord un dispensaire à l’intérieur du fort, mais en raison d’inondations, elle fait construire, en 1645, l’Hôtel-Dieu sur la rue Saint-Paul, dans le Vieux-Montréal. En raison des attaques iroquoises et des conditions de vie difficiles, Ville-Marie est passée de 150 âmes à 50. «Jeanne Mance décide alors, en 1653, d’utiliser les 22 000 livres destinées à la construction de l’hôpital pour financer la Grande recrue [NDLR: grande opération pour attirer des colons de France] et rétablir la population de Ville-Marie», mentionne M. Labonne, directeur général du musée.

En 1659, Jeanne Mance est aidée de trois Hospitalières, venues de La Flèche, en France. Mais rien n’est gagné. Les récits de sœur Marie Morin, dont certaines pages sont exposées au musée, permettent de prendre conscience des difficultés quotidienne liées à l’installation de la colonie: le froid qui fait geler leurs viandes et leurs bouillons, les fraises et les framboises qui sont considérées comme des produits de luxe et les fissures dans l’Hôtel-Dieu (déjà!) qui forcent les hospitalières à pelleter la neige même à l’intérieur des chambres. Malgré l’incendie de l’hôpital en 1695, les lettres patentes qui reconnaissent officiellement la congrégation des Religieuses Hospitalières à Montréal et qui portent l’empreinte du pouce de Louis XIV ont pu être sauvées. «C’est une des pièces dont on est le plus fier», poursuit Paul Labonne.

Histoire médicale
Vu du ciel, l’Hôtel-Dieu est construit en croix, avec la chapelle en son milieu. Celle-ci est ouverte sur chacune des ailes. Cela permet notamment aux malades de la salle des pauvres d’entendre la messe de leur lit. Une autre ouverture donne sur l’orphelinat, la troisième donne sur le couvent et la quatrième s’ouvre vers la rue Sainte-Famille. Parcourir le musée, c’est aussi se rendre compte des progrès de la médecine et du fait que certaines pratiques ont à peine changé.

Si les techniques des bandages et les outils, comme la scie à amputation, ont visiblement évolué, on continue toujours à utiliser des sangsues pour éviter la nécrose des tissus après une greffe. Deux énormes tableaux compilant les entrées et sorties de l’hôpital mettent aussi en exergue les grandes crises sanitaires, mais aussi les trois grands incendies qu’a connu la ville. Ainsi, lors de la crise de typhus de 1847, pas moins de 1901 personnes furent admises à l’hôpital, dont un Suisse et trois «nègres», tel qu’indiqué sur le Tableau des statistiques de l’Hôtel-Dieu de 1810 à 1859.

Chapelle inspirante
Généralement fermée au public, la chapelle des Religieuses Hospitalières sera ouverte ce dimanche à 14h pour un récital d’orgue. Outre le récital de Pierre Gadbois, l’organiste titulaire de la cathédrale Sainte-Anne de Varennes, les visiteurs pourront admirer les plafonds à caissons de l’architecte Victor Bourgeau, dont les plans ont servi à construire l’Hôtel-Dieu en 1861 lors de sa relocalisation. «Pour ce qui est du cœur, le plafond de la coupole est orné de décors peints d’inspiration allemande. Ils ont été réalisés par le peintre John Held. Il s’agit sans doute de l’un des derniers décors existants de Held à Montréal», mentionne M. Labonne.

La chapelle se distingue aussi par le fait qu’elle héberge les premières statues en plâtre de la ville, œuvres du sculpteur Carlo Catelli, issu de l’une des premières familles italiennes à s’installer à Montréal et dont le neveu, Carlo Onorato Catelli, ouvrira la première usine de pâtes au Canada, sur la rue Saint-Paul. Hors de la vue des visiteurs, sous la chapelle, se trouve encore les sépultures de Jeanne Mance et de près de 600 hospitalières qui ont œuvré à l’Hôtel-Dieu de Montréal depuis leur arrivée, en 1659.

Infos

Pour assister au concert, il faut réserver. Coût: 15$ (entrée du musée incluse)

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