Montréal
12:37 15 août 2019

À son tour, l’UdeM permettra à ses étudiants de changer leur prénom

À son tour, l’UdeM permettra à ses étudiants de changer leur prénom
Photo: Josie Desmarais/MétroL'UDEM promet que les délais pour changer son nom seront courts et «peu complexes».

L’Université de Montréal (UdeM) introduira dès la session d’hiver 2020 le principe de «prénom choisi» dans ses systèmes informatiques, afin de permettre à tous ses étudiants de choisir un prénom différent de celui donné à la naissance pour communiquer au sein des instances universitaires. Une réalité qui concerne particulièrement les membres de la communauté trans sur le campus, qui revendiquait un tel droit depuis plusieurs années.

«La reconnaissance de l’identité propre à chacun, c’est une chose très importante pour nous qu’on a vraiment tenu à inscrire dans nos principes d’équité», a indiqué à Métro la directrice des communications de l’Université, Sophie Langlois.

Même son de cloche pour la vice-rectrice aux affaires étudiantes, Louise Béliveau, qui soutient qu’il était important de répondre «à un besoin important exprimé par notre communauté, dont le Groupe d’action Trans (GATUM)». Le prénom choisi est «un facteur majeur d’inclusion» pour les personnes trans qui en revendiquent l’utilisation depuis longue date, a-t-elle insisté.

L’administration promet par ailleurs que les délais pour changer son nom seront courts et «peu complexes». La procédure se fera à même les plateformes auxquelles les étudiants ont déjà accès en ligne.

«On sait par expérience que ce genre de mesure répond aussi à d’autres besoins pour d’autres types d’étudiants, ajoute Mme Langlois. Les demandes proviennent de plusieurs réalités, mais particulièrement du côté des étudiants trans, ce qui est tout à fait normal et souhaitable.»

Forme d’hypocrisie condamnée

S’il se réjouit de la nouvelle, le GATUM rappelle que le dialogue avec la direction n’a pas toujours été en vie. C’est une lettre envoyée le 5 août dernier au président fondateur de Fierté Montréal, Éric Pineault, qui aurait d’ailleurs relancé les échanges avec l’administration sur cet enjeu. La lettre en question, co-signée avec le Centre de lutte contre l’oppression des genres, demandait à ce que l’Université de Montréal soit exclue du prochain défilé de la Fierté, prévu le 18 août, vu son manque d’engagement.

«Naviguer en société avec un prénom ne correspondant pas à leur propre identité de genre compromet au quotidien la sécurité des personnes trans et non binaires […]. En milieu universitaire, cela peut prendre plusieurs formes, telles que la discrimination, le outing forcé ou le refus de service.» -Extrait de la lettre envoyée à Fierté Montréal

Une rencontre a été organisée entre l’association étudiante et la direction dans les 24h suivant l’envoi de cette lettre, menant peu après à l’annonce de cet engagement public.

«La prise de position est plus que tardive. Face aux potentielles répercussions sur son image, l’Université a officiellement pris en quelques jours un engagement que nous revendiquons depuis près de 6 ans», explique le GATUM à Métro, soulignant que cette rencontre «n’efface en rien les années de discrimination vécues en toute connaissance de cause de la part de l’UdeM».

«L’UdeM s’est aussi appropriée des initiatives à caractères inclusif et a fait preuve de manquement quant à la reconnaissance du travail étudiant et bénévole découlant entièrement de nos initiatives. Citons par exemple le dossier des toilettes non-genrées», renchérit l’association. Le groupe estime que «c’est maintenant à l’UdeM de nous prouver qu’elle mérite le titre d’alliée [de la communauté LGBTQ+], au lieu de s’auto-proclamer comme telle».

Appelée à réagir sur cette question, Sophie Langlois dit reconnaître que le projet de prénom choisi «a pris du temps à se mettre en place». «On s’en est excusés, mais le travail pour faire de changement a débuté il y a plusieurs mois. Ce n’est pas lié à une lettre du GATUM», rétorque-t-elle. «Nos équipes techniques sont à pied-d’œuvre. Nos systèmes ont déjà été codés cet été même, mais ce n’est pas un travail qui est simple», insiste-t-elle.

Plusieurs universités québécoises, dont McGill, Concordia ou l’UQAM, ont déjà permis à leurs étudiants de choisir un autre prénom dans leurs instances au cours des dernières années.