Montréal

Crise et enquête policière dans les marchés publics de Montréal

Crise et enquête policière dans les marchés publics de Montréal
Photo: Josie Desmarais/MétroLe marché Jean-Talon

Les marchés publics de Montréal, dont le Marché Jean-Talon, sont en pleine crise. Six membres du conseil d’administration ont démissionné en bloc «par crainte à leur intégrité personnelle», selon une lettre obtenue par Métro. Une enquête policière est en cours.

Dans une lettre destinée aux 250 commerçants et producteurs membres de la Corporation de gestion des marchés publics de Montréal (CGMPM), la directrice générale Isabelle Laliberté mentionne que les six administrateurs ont quitté leur poste «par crainte pour leur intégrité personnelle». La lettre ne précise toutefois pas la nature des craintes ou des gestes qui ont pu être posés.

«Sous peu, vous recevrez un avis de convocation à une assemblée générale spéciale pour former une nouvelle administration», ajoute la lettre. 

L’organisme à but non lucratif chapeaute entre autres les quatre grands marchés publics de Montréal: Jean-Talon, Atwater, Lachine et Maisonneuve.

«Préoccupant», dit l’opposition

Contacté par Métro, le président démissionnaire du conseil d’administration, Nicolas Villeneuve, a confirmé les informations inscrites dans cette lettre. Il a toutefois refusé de commenter davantage. Mme Laliberté n’a pas retourné nos appels.

«C’est très préoccupant», a quant à lui réagi le chef d’Ensemble Montréal, Lionel Perez, lors d’un point de presse mardi. 

Les commerçants des marchés publics vivent de nombreux défis, en plus de la crise de gouvernance. Ils manquent de main-d’oeuvre et il y a des enjeux de rentabilité.

«Depuis des semaines et des mois, on nous dit que tout va bien, entre autres au marché Jean-Talon.[…] On le voit: il y a une réelle problématique avec les marchés publics», a renchéri M. Perez. 

Problèmes de gouvernance

Le responsable du développement économique au sein du comité exécutif, Robert Beaudry, a confirmé qu’une enquête policière est en cours pour faire la lumière sur les motifs de cette vague de démissions.

Ces départs surviennent alors que la Corporation a entamé à la mi-avril des démarches, toujours en cours, afin de recruter cinq nouveaux membres à l’externe pour garnir son conseil d’administration. L’organisme a lancé cet appel de candidatures à la demande de la Ville de Montréal, qui a proposé un plan d’action pour aider l’organisme à s’attaquer à ses problèmes de gouvernance.

«Au départ, le conseil d’administration était composé uniquement de membres, ce qui amène des enjeux discutables au niveau de la gouvernance, a soulevé M. Beaudry. C’est pour éviter tous ces conflits d’intérêt-là qu’on a invité la corporation à aller recruter dans la société civile.»

«Il y avait des gens qui étaient très implantés dans le marché et qui avaient pris le contrôle de comment ça fonctionnait.» -Robert Beaudry, responsable du du développement économique au comité exécutif

Ce dernier a d’ailleurs souligné que la Ville a déjà demandé à la direction de l’organisme de «se faire accompagner par des experts».

Actuellement, l’organisme ne compile aucune donnée en ce qui a trait au taux de vacance des kiosques des marchés publics. Un autre enjeu sur lequel entend se pencher la Ville afin d’avoir un meilleur portrait des enjeux en matière d’«efficacité» des marchés publics de la métropole.

«On pourrait retirer le bail»

La CGMPM agit actuellement à titre d’organisme indépendant, ce qui limite les pouvoirs d’intervention de la Ville à son égard. Cette dernière possède néanmoins les terrains où sont situés les marchés publics.

«On a un bail. Si [la Corporation] ne répond pas aux exigences, on pourrait retirer le bail et proposer une autre corporation», a laissé entendre M. Beaudry. 

L’élu de Projet Montréal a toutefois tenu à préciser que cette avenue n’est pas priorisée par la Ville.

«Je veux être clair, on n’est pas rendu là. L’objectif, c’est vraiment de s’entendre avec la Corporation des marchés publics parce que c’est vraiment l’organisation la mieux placée pour gérer ces marchés-là», a-t-il dit.