Montréal
08:43 4 mai 2020 | mise à jour le: 4 mai 2020 à 08:56 temps de lecture: 6 minutes

Laval est-elle prête à faire face au déconfinement?

Laval est-elle prête à faire face au déconfinement?
Photo: Courtoisie - Bruno L'HeureuxLe Dr Bruno L'Heureux.

Avec 779 cas par 100 000 habitants et 311 décès, Laval rivalise avec Montréal pour la région ayant fait le plus de victimes du coronavirus au Québec. Des stratégies sont et seront mises de l’avant pour suivre les recommandations de l’OMS et de la Santé publique, notamment l’augmentation de tests de dépistage et un suivi épidémiologique serré seront priorisés. Mais cela suffira-t-il pour assurer un déconfinement réussi à Laval?

Le Centre intégré de santé et des services sociaux (CISSS) de Laval annonçait en fin de semaine passée, l’ouverture d’une nouvelle clinique de dépistage de la Covid-19 à l’aréna Cartier de Chomedey. Ouverte depuis hier, elle s’ajoute aux deux autres cliniques d’évaluation et de dépistage de Laval.

«Cette nouvelle installation nous permettra de tester de 50 à 60 patients par jour et nous aidera à atteindre l’objectif de 500 tests de dépistage quotidien sur le territoire Lavallois», affirme Judith Goudreau du service des communications du CISSS de Laval.

Jusqu’à maintenant, la moyenne de tests par jour effectués dans la banlieue nord se chiffrait autour de 300, selon Mme Goudreau. Cette augmentation de 200 tests fait partie des recommandations de la santé publique qui prescrit une augmentation du nombre de tests de dépistage dans un contexte de déconfinement progressif.

Dépistage de la population générale

Dès aujourd’hui, la liste de priorités pour les tests de dépistage change, et ce, à la grandeur du Québec. Ces tests sont désormais offerts à la population générale, selon les communautés.

Il y a quelques semaines, la santé publique avait revu les priorités, réduisant l’accès aux tests pour la population générale afin de se concentrer sur les CHSLD. La clinique sans rendez-vous du Quartier des spectacles, à Montréal, a notamment été fermée.

La procédure reste la même: il faut passer par la ligne COVID-19 et parler à un membre du personnel infirmier qui décidera ensuite, selon les disponibilités et l’achalandage des cliniques, si l’appelant se qualifie pour un test de dépistage ou un rendez-vous dans une clinique d’évaluation.

On peut trouver sur le portail du gouvernement du Québec l’éventail des groupes prioritaires pour les tests de dépistage. Avec les travailleurs qui retourneront au travail, l’ajout du groupe G4 prend tout son sens: «Les personnes symptomatiques de toutes les communautés (incluant les milieux en réouverture: écoles, milieux de garde, manufactures, mines, construction, etc.)».

Une offre de tests sera fixée par région et celles les plus touchées, comme Laval, auront une allocation de tests et d’analyses quotidiennes plus importante. «Les régions où l’on observe la plus haute densité de transmission communautaire recevront au départ un total de 80% des analyses disponibles», peut-on lire sur le site du gouvernement du Québec.

D’autres plans d’action

Parmi les autres recommandations de la santé publique, les études épidémiologiques sont priorisées en contexte de déconfinement. «Les cas dépistés vont être très encadrés. Il faut établir les fréquentations qu’une personne infectée a pu avoir pour déterminer qui elle a contaminée. Ensuite, on contactera ces personnes et nous nous assurerons qu’elles respectent une quarantaine d’au moins 15 jours confinées à la maison pour ralentir la chaîne de propagation», ajoute, Mme Goudreau.

Une augmentation des cas à prévoir

À la clinique d’évaluation Polyclinique Concorde, le docteur Bruno L’heureux, qui voit parfois 70 personnes par jour soupçonnées d’être infectés du COVID-19, s’attend à une augmentation des cas dans les prochaines semaines.

«Avec la liste de services essentiels qui s’élargit, on aura forcément plus de patients qui feront partie de la population active retournée au travail. Avec la réouverture des écoles, la clientèle risque aussi de changer», affirme le docteur L’Heureux.

Pour l’instant, le docteur L’Heureux affirme avoir affaire à des patients possiblement infectés en âge adulte surtout. «La population qui consulte le plus, en ce moment, est dans la quarantaine. Mais celle qui semble davantage porteuse, est plutôt entre 50 et 55» ajoute-t-il

La tendance provinciale du nombre de cas symptomatiques est chiffrée à 28,6% du côté des 30-49 ans et à 24,9 % du côté des 50-69 ans.

La situation est-elle en contrôle à Laval?

Le premier ministre Legault l’a encore affirmé hier la semaine dernière, on s’attend à encore beaucoup de décès du côté des aînés en résidences privées et en CHSLD dans les prochaines semaines. À Laval, cinq CHSLD sont aux prises avec des éclosions multiples soit ceux de Ste-Dorothée, La Pinière, Fernand-Larocque, Idola et Ste-Rose. On recense déjà 150 décès en date du 3 mai.

«On suit l’évolution de près et on essaie de prêter main forte aussi aux résidences privées, ce qui dépasse normalement notre mandat. On s’assure aussi que le personnel reste au même endroit et ne passe pas d’une zone chaude à une zone froide dans un même établissement», ajoute Mme Goudreault.

Sommes-nous prêts à faire face à la musique et à assumer les risques d’un déconfinement graduel à Laval, alors que les cas s’accumulent de façon exponentielle?

«On ne peut pas rester confiner indéfiniment et de toute façon, nous allons le faire graduellement. On ne sait pas comment va évoluer la pandémie, c’est pour cela qu’on s’est doté de mécanismes pour suivre cela de près et prendre les mesures qu’il faut pour réagir», répond la responsable des communications.

Les écoles primaires, les services de garde et plusieurs commerces ouvriront leurs portes d’ici une semaine. En attendant, on semble confiants d’avoir assez de personnel, d’équipements et de lits disponibles pour tenir bon en cas d’une augmentation des hospitalisations.

Un total de 133 lits est présentement réservé à l’hôpital Cité de la Santé pour les patients COVID-19 nécessitant des soins médicaux. Pour ce qui est des équipements de sécurité pour le personnel, on nous assure qu’on est au moins bon pour les deux à trois prochaines semaines.

«Du côté du personnel, on va s’assurer d’avoir les effectifs qu’il faut là où il le faut. On vient de faire 215 embauches, 600 à 700 depuis le début de la pandémie et cela continue», précise Mme Goudreau.

Les prochaines semaines seront décisives pour déterminer si le réseau et les effectifs pourront effectivement tenir le coup après ce déconfinement.

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