Des contrats de communication de la Ville sous la loupe
Le chef de projet Montréal, Richard Bergeron, exige une enquête sur les contrats qu’Union Montréal a octroyé à deux firmes de communication pendant son règne.
Lors d’une conférence de presse, jeudi, M. Bergeron a demandé au contrôleur ou au vérificateur général de la Ville de se pencher sur les nombreux contrats obtenus principalement de gré à gré par les firmes Morrow Communication et Octanes Stratégies (anciennement le Groupe CJB), qui totalisent près de 2,5 M$ entre 2006 et 2011.
M. Bergeron questionne les liens de «copinage» qui semblent exister entre le parti Union Montréal et ces firmes.
Grâce à des documents qu’il a obtenus en vertu d’une demande d’accès à l’information, le chef de Projet Montréal relève qu’entre 2006 et 2011, Octanes Stratégies a obtenu 242 contrats de la part du parti de l’ancien maire Tremblay, totalisant près de 2 M$.
La majeure partie de ces contrats (234) étaient de moins de 25 000$, a souligné Richard Bergeron, rappelant que les appels d’offres étaient obligatoires seulement pour les contrats de plus de 25 000$.
En ce qui concerne Morrow Communication, la firme a reçu 439 000$ de contrats de la part de la Ville, entre 2006 et 2011, dont les ententes se sont principalement faites de gré à gré.
«La surabondance de contrats est en soi un motif d’étonnement, estime Richard Bergeron. Qu’a-t-on besoin de tant de contrats de communication? Il y a des services de communication dans tous les arrondissements, et il y a un très puissant service de communication à la Ville.»
François Limoges, conseiller de la Petite-Patrie pour Projet Montréal, a partagé ses inquiétudes concernant cette proximité, lui qui a travaillé pour le Groupe CJB en 2001. Alors qu’il était rédacteur junior pour la firme, ses employeurs lui ont demandé de travailler directement dans les locaux d’Union Montréal. Il dit avoir gardé un grand malaise de ces liens «incestueux».
«Pour moi, un parti politique, ce sont des membres qui nourrissent une réflexion, a-t-il affirmé. Et là, le travail ne se faisait que par des experts en communication.»
François Robillard, conseiller de Saint-Jacques pour Vision Montréal, n’a pas voulu trop se mouiller sur la sortie de Projet Montréal.
«C’est du passé, a-t-il affirmé. Mais si ce sont les contribuables qui ont payé pour des activités partisanes, oui, c’est répréhensible.»
Aucune preuve ne permet cependant, pour le moment, de prouver de telles allégations.
Le cabinet du maire, Michael Applebaum, n’a pas voulu commenté la sortie de M. Bergeron. À l’époque des contrats étudiés par Projet Montréal, M. Applebaum était maire de l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, qui a octroyé 250 000$ en contrats à ces deux firmes.
«Toutes les factures présentées démontrent que le travail a bel et bien été effectué», s’est contenté de dire l’attaché de presse du maire, Jonathan Abécassis.
Des allégations «malveillantes»
La firme Octanes Stratégie n’a pas tardé à réagir, jeudi après-midi. Par voie de communiqué, la direction a dénoncé ces allégations «malveillantes et gratuites».
Octanes Stratégies affirme que tous les mandats qui lui ont été confiés «l’ont été en conformité avec toutes les règles de l’administration publique et dans un contexte de concurrence».
La firme soutient qu’elle n’a pas obtenu 234 contrats durant la période étudiée, mais que Richard Bergeron «confond délibérément les termes “contrat” et “bon de commande” afin de gonfler les chiffres qu’il utilise».
Déjà sous enquête
Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, estime que ces informations pourraient être complémentaires aux perquisitions effectuées par l’Unité permanente anticorruption (UPAC) à l’hôtel de ville, mardi.
- L’enquête de l’UPAC vise à réviser une enquête déjà effectuée par le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) en 2009.
- Elle repose sur des allégations à l’effet qu’une dette électorale aurait été contractée par Union Montréal en 2001 auprès du Groupe CJB (aujourd’hui Octanes Stratégies), et que cette dette aurait été remboursée de manière illégale par le parti en 2004.