Mercier & Anjou
05:00 18 mars 2021 | mise à jour le: 18 mars 2021 à 09:08 temps de lecture: 4 minutes

REM de l’Est: cannibalisation des usagers?

REM de l’Est: cannibalisation des usagers?
Photo: Josie Desmarais/MétroLes nouvelles voitures du REM.

Longeant la ligne verte du métro sur 12 km, croisant le train de Mascouche et se déployant à proximité du futur SRB Pie-IX, le REM de l’Est risque de cannibaliser les réseaux de transport existant et de ne pas offrir la meilleure desserte aux citoyens de l’Est, craignent des spécialistes en transport.

«On n’a pas les chiffres pour dire [que CDPQ-Infra] a tort dans ses choix», affirme d’emblée François Pépin, président du conseil d’administration de Trajectoire Québec et co-auteur d’une lettre ouverte publiée cette semaine dans La Presse.

Afin de déterminer l’impact qu’aurait le REM sur les autres modes de transport, les études menées par CDPQ Infra devraient être rendues publiques, plaide-t-il. Il réclame de plus qu’une contre-expertise soit faite par l’autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) et la Société de transport de Montréal (STM).

S’il s’avère qu’il y a un transfert important d’usagers d’autres modes de transport collectif vers le REM, l’objectif de réduire considérablement l’usage de la voiture ne sera pas atteint, avertit Florence Junca-Adenot, ex-présidente-directrice générale de l’Agence métropolitaine de Transport et co-auteure de la lettre.

Les réseaux de transport en compétition, dont le REM, se diviseraient alors les passagers et baisseraient leur rentabilité, ajoute-t-elle. « Ce n’est à l’avantage de personne ».

Dans ce contexte et alors que seules cinq stations sont projetées à l’est d’Honoré-Beaugrand, Mme Junca-Adenot affirme que d’autres scénarios permettant de mieux desservir l’Est devraient être mis sur la table par CDPQ-Infra. Par exemple, un projet n’allant pas au centre-ville et se rabattant plutôt à la ligne verte de métro.

«Quand on regarde les déplacements [dans l’enquête origine-destination 2018 de l’ARTM], il y a à peine 13% des usagers qui se déplacent au centre-ville. (…) Ça pose la question: « Pourquoi faire un REM jusqu’au centre-ville? » C’est pour qui?», ajoute-t-elle.

Rappeler les avantages

Un avis que ne partage pas Christine Fréchette, présidente-directrice générale de la Chambre de commerce de l’est de Montréal.

Pour elle, le projet de CDPQ est complémentaire aux autres modes de transport. Elle soutient qu’il doit se déployer «pleinement du centre-ville à la pointe de l’île»: un changement de mode de transport à la station Honoré-Beaugrand entraînerait à son avis «trop de perte d’efficacité pour que ça puisse être aussi attrayant» pour les usagers.

Cosignataire d’une seconde lettre publiée dans La Presse, elle concède que le projet du REM est perfectible. Or, elle souhaite rappeler que le projet serait un «puissant levier de développement stratégique» pour attirer travailleurs, jeunes familles et entreprises dans l’Est.

«On peut s’attendre à ce qu’il y ait plus de travailleurs qui se déplacent en transport en commun. Mais aussi que plus d’entreprises s’établissent le long du tracé du REM».

À l’instar de Mme Fréchette, Mme Junca-Adenot et M. Pépin saluent que le projet desserve des lieux d’importance tels l’hôpital Maisonneuve-Rosemont et le cégep Marie-Victorin.

Or, certains pôles d’intérêts pour les citoyens de l’Est, tels les Galeries d’Anjou, seraient à leur avis oubliés du tracé. Même chose pour des citoyens de certains secteurs ayant une population élevée, notamment Rivière-des-Prairies.

«Mettre le projet en péril»?

Mme Fréchette s’inquiète que les arguments en faveur du REM se fassent rares dans les médias récemment. À son avis, il ne faut pas laisser croire qu’il n’y a que des désavantages au projet de CDPQ-Infra.

« Si c’est ce qu’on laisse entendre, on met peut-être le projet en péril».

M. Pépin rappelle d’ailleurs que le projet de via-bus  empruntant l’ancienne emprise ferroviaire avait été abandonné au début des années 2000, faute d’acceptabilité sociale.

Pour sa part, Mme Junca-Adenot a confiance qu’un projet ira de l’avant tôt ou tard. «Tout le monde s’intéresse à l’Est en ce moment. C’est extraordinaire! (…) Je pense qu’il ne faut pas sauter à tout prix sur une solution par peur que rien ne se fasse.»

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