Un parcours contre l'itinérance
Aider les personnes itinérantes, lutter contre la pauvreté : telles n’étaient pas, à l’origine, les priorités de Carolyne Grimard, lorsqu’elle a débarqué à Montréal pour intégrer l’équipe de rugby de McGill en 2001. Pourtant, depuis, la lutte contre l’itinérance est devenue sa passion, et elle fait aujourd’hui figure d’experte dans le domaine à l’UQAM.
«Durant mon bac, je n’étais pas familière avec cette notion, en tout cas pas au début, explique-t-elle. J’ai eu l’occasion d’avoir un boulot et j’ai fini par m’intéresser vraiment à cette question.»
D’abord inscrite en sciences de l’environnement, elle change très vite pour aller étudier la sociologie à l’UQAM, sur les conseils d’une amie. Un choix par défaut qu’elle ne regrettera pas, car, rapidement, elle sera contactée par le Collectif de recherche sur l’itinérance, la pauvreté et l’exclusion sociale (CRI). «Au début de ma deuxième année de bac, on m’a appelée pour savoir si je voulais aider à l’organisation d’un colloque, puis très vite, j’ai été intégrée dans l’équipe de recherche.»
Le CRI est un groupe de recherche multidisciplinaire basé à l’UQAM, qui regroupe des professeurs venant de différentes universités et de différentes disciplines.
D’abord employée pour effectuer des tâches diverses, Carolyne Grimard s’est petit à petit forgé une place au sein de l’équipe grâce à sa volonté et à son envie d’en découdre. Le sujet de l’itinérance, qu’elle ne connaissait pas, va la passionner et devenir son leitmotiv tout au long de ses études.
«Au bout d’un certain temps, on a eu besoin de quelqu’un pour faire une partie de recherche plus précise, et c’est dans ce cadre-là que j’ai fait mon mémoire.» Pendant deux ans, elle va donc être pleinement intégrée aux équipes de recherche, et elle se servira d’une partie de la recherche sur l’accessibilité aux services pour les personnes itinérantes menée par le CRI dans le cadre de sa maîtrise. Une fois l’expérience menée à bien, elle sera nommée coordonnatrice du CRI, poste qu’elle occupe encore aujourd’hui, alors qu’elle poursuit ses études.
L’aller-retour entre le terrain et la théorie
«Travailler ici m’a amenée à découvir un champ de l’action sociale que je ne connaissais pas, celui de la lutte contre l’extrême pauvreté et en particulier l’itinérance, et ça m’a permis également de découvrir, à l’inverse, un sujet de recherche, affirme Mme Grimard. Le groupe de recherche me permet de faire un peu l’aller-retour entre le terrain et la théorie.»
Aujourd’hui en troisième année de doctorat, elle travaille sur la question des refuges pour hommes itinérants. Ce sujet, elle le traite cette fois indépendamment du collectif. Pour son doctorat, elle a tenu à distinguer ses études de son travail au CRI, même si, comme elle l’avoue, elle n’a pas réussi à se détacher de cette thématique de l’itinérance.
La lutte contre l’itinérance fait désormais partie intégrante de sa vie, comme en témoigne son engagement envers Passage, un organisme qui vient en aide aux jeunes femmes itinérantes.
Creuser la question de l’itinérance
Une vocation, donc, qu’elle semble ne pas vouloir lâcher. «J’aimerais vraiment être professeure d’université en sociologie et creuser encore davantage la question de l’itinérance au Québec», explique la jeune femme.
Son but : vulgariser, expliquer et présenter d’une façon différente les populations itinérantes de Montréal. «Mon rêve, c’est de continuer à travailler pour cette cause, confie-t-elle, pour mobiliser les différents paliers de gouvernement autour de cette situation qui ne devrait pas exister dans un pays si riche.»