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L'immigration en catastrophe de familles haïtiennes

Le 12 janvier dernier, Jina Laguerre revenait de l’école avec un de ses fils quand la terre d’Haïti a tremblé. «Tout est devenu tout blanc. L’école s’est écroulée. Dieu merci, mon fils était avec moi», raconte la jeune mère de 27 ans au physique d’adolescente rencontrée mercredi à la Maison d’Haïti.

Comme pour plusieurs Haïtiens, les jours suivants ont été infernaux pour Mme Laguerre. Après avoir dormi quelques nuits à la belle étoile, elle s’est rendue à l’ambassade canadienne avec ses deux fils – l’un d’eux est né d’un père canadien – où les files étaient interminables. Après quatre jours d’attente, au cours desquels elle n’a pas fermé l’Å“il, elle a pu s’envoler pour le Canada, laissant derrière elle ses deux frères. «J’avais un peu peur au début, mais je me suis vite rendu compte que les gens sont courtois ici», relate la jeune mère.

Aujourd’hui, la famille de Jina Laguerre réside dans un petit logement du quartier Saint-Michel. La Maison d’Haïti, devenue un vrai centre de crise, a pu payer son loyer pour les six prochains mois grâce à un don de 20 000 $ fait par un couple anonyme.

La famille Laguerre fait partie de la trentaine de familles haïtiennes, débarquées à Montréal en catastrophe après le séisme, qui sont prises en charge par la Maison d’Haïti. Une foule de bénévoles – des psychologues, des avocats, des travailleurs sociaux – a envahi l’organisme du quartier Saint-Michel pour donner un coup de main à ces familles.

Une belle mobilisation

«C’est une belle mobilisation, constate la directrice des programmes de la Maison Haïti, Marjorie Villefranche. La réponse est sensationnelle.» «Ça témoigne de la solidarité des Québécois pour la cause haïtienne», renchérit le  consul général d’Haïti, Pierre-Richard Casimir. Ce dernier considère la prise en charge des familles haïtiennes comme étant extraordinaire

La famille Julio a aussi pu profiter de l’aide humanitaire du Canada. Des vêtements chauds et de la nourriture leur ont été fournis par Jeunesse Au Soleil et la Croix-Rouge. Malgré tout, les Julio sont toujours sous le choc. Après leur arrivée à Montréal, les deux enfants avaient toujours l’impression que la terre tremblait. «Ils n’arrêtaient pas de me dire "je me sens bougé"», rapporte leur mère, Edna Julio.

Depuis, ils ont repris le chemin de l’école, ce qui leur a redonné un semblant de normalité dans leur vie.«Les parents et les enfants doivent accuser le coup, explique Mme Villefranche. Ce n’est pas quelque chose qui se fait rapidement.» Bien qu’elle dit avoir encaissé le choc de voir son pays détruit, Mme Julio est loin d’avoir retrouvé son calme. «Le corps, oui, mais pas l’esprit», résume-t-elle.

Ni la famille Laguerre ni Julio ne prévoient retourner en Haïti dans un avenir rapproché. «Tout ce que je veux, c’est avoir une vie meilleure», lance Mme Laguerre, qui compte refaire sa vie à Montréal. Edna Julio veut rester dans la métropole pendant au mois deux ou trois ans avant de songer retourner en Haïti. Le consul général d’Haïti, Pierre-Richard Casi­mir, n’est pas inquiet pour autant. «On peut enlever un Haïtien d’Haïti, mais on ne peut pas enlever Haïti du cÅ“ur d’un Haïtien», dit-il.

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