Les étudiants sont surendettés, dénonce la FEUQ
Les deux tiers des étudiants ont contracté une dette moyenne de 13 967 $ au terme de leurs études universitaires de premier cycle, indique une recherche de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) rendue publique, mardi. Celle-ci fait craindre le pire à la présidente de la fédération, Martine Desjardins, à l’aube des nouvelles hausses des droits de scolarité décrétées par le gouvernement de Jean Charest.
Si le gouvernement de Jean Charest ne change pas d’avis au sujet des prochaines hausses des droits de scolarité, que craignez-vous?
Il y a une recherche qui a été faite au Canada au sujet des étudiants en médecine et des droits de scolarité. Ce qu’on a constaté, c’est que dès qu’il y a une augmentation des droits de scolarité, il y a baisse des inscriptions des étudiants provenant des régions et des milieux défavorisés. Il y a donc une baisse de l’accessibilité aux études universitaires. Notre étude fait aussi ressortir le fait que ce n’est pas seulement l’endettement qui pose problème et qui pousse les étudiants à décrocher, c’est aussi la perspective d’être endettés. Pour certains, c’est inadmissible alors ils préfèrent se rediriger ailleurs. Le Québec se prive ainsi de cerveaux.
Votre recherche rapporte que 29% des étudiants multiplient les créances pour poursuivent leurs études. Comment expliquez-vous ce phénomène?
Le programme d’aide financière est déficient. La moitié des étudiants s’endettent donc auprès d’institutions privées même s’ils bénéficient du programme d’Aide financière aux études (AFE). Avec les prochaines hausses annoncées, cela risque de s’accentuer, ce qui fait que les étudiants retarderont des projets, comme celui de fonder une famille ou créer une entreprise.
Dans quelle proportion l’endettement étudiant augmentera au terme des prochaines hausses des droits de scolarité qui totaliseront 1625 $ entre 2012 et 2017?
Nous ne l’avons pas chiffré, mais ce que l’on sait, c’est que l’endettement augmentera. Dans la dernière réforme de l’AFE, on a maintenu le plafond de prêts, mais on a créé des allocations spéciales dédiées aux étudiants qui bénéficient que de prêts. On a encore augmenté les prêts étudiants par le biais d’une allocation spéciale. Ce qu’on se rend compte, c’est que dès qu’on va augmenter les droits de scolarité, il y a forcément plusieurs étudiants qui vont aller chercher les allocations spéciales, mais elles ne répondront pas aux besoins de l’ensemble des étudiants. Près de 55% de leurs revenus viennent du travail rémunéré. Les étudiants travaillent en moyenne 21 heures par semaine et ils doivent s’endetter, ça commence à faire beaucoup pour les étudiants.
Le gouvernement de Jean Charest a déposé en juin dernier le projet de loi 24 pour s’attaquer au surendettement des ménages. Selon vous, va-t-il empêcher des étudiants à poursuivre leurs études?
On est pas contre les produits financiers parce qu’ils offrent la possibilité aux étudiants de poursuivre leurs études. On va plutôt plaider pour un meilleur encadrement. On va tenter de se faire entendre sur le suivi du projet de loi 24 et faire connaître au gouvernement les réelles conditions de vie des étudiants.