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Oliver Jones : Au cÅ“ur du jazz montréalais

Montréal, 1943. Un garçon de neuf ans se produit pour la première fois au Café St-Michel, dans la Petite-Bourgogne. Installé derrière son piano, un certain Oliver Jones fait un tabac dans la boîte de nuit.  

Avec le Rockhead’s Paradise, le St-Michel formait, rues de la Montagne et Craig (aujourd’hui Saint-Antoine) The Corner, littéralement le coin du jazz à Montréal. «Si tu voulais voir un vrai bon show noir, à part à New York, c’était ici», se souvient un Oliver Jones un brin nostalgique, 66 ans plus tard.

Montréal vibre alors au rythme des folles années du jazz et des boîtes de nuit.

«J’ai eu ma chance jeune, raconte M. Jones. Mais ce n’était pas quelque chose que mes parents voulaient que je fasse trop souvent!» D’ail­leurs, encore enfant, le  pianiste ne comprenait pas tout ce qui s’y passait. «Parfois, il y avait des fem­mes qui dansaient presque nues. Là, on ne me laissait pas jouer!» se rappelle-t-il.

Pendant les années 1940 et 1950, les Sammy Davis, Art Pepper et Sonny Rollins passent par la métropole. «L’ambiance était vraiment chaleureuse. Tellement, que des musiciens de New York qui venaient jouer ici ont choisi de s’y établir», ex­plique le musicien.

Pour le pianiste de Saint-Henri, les clubs de jazz ont eu un impact «intéressant» sur la communauté noire. «Jusqu’en 1950 environ, c’était notre musique», note-t-il. Mais pour lui, la couleur de la peau n’avait aucune importance pour jauger le talent. «Certains Américains venaient ici et c’était la première fois qu’ils jouaient avec des Blancs.»

Autre temps, autres mœurs

Si le jazz a connu son âge d’or dans ces années, il résonne encore bien fort aujourd’hui, surtout grâce au Festival international de Jazz. «Je suis nostalgique de temps en temps, mais nous n’avons jamais eu autant de bons musiciens», croit M. Jones.

Les boîtes de jazz qui ont animé la Petite-Bourgogne finissent par disparaître. «À partir de 1952, ç’a beaucoup changé. Le jazz est devenu plus complexe, plus sérieux, moins dansant, indique Oliver Jones. On a perdu beaucoup de gens avec ça.» Puis, un nouveau joueur a fait son apparition : le rock. «Ç’a eu toute une influence sur la musique de danse.»

Ce n’est pas tout. Les années coïncident avec l’arrivée de la télévision. Le divertissement fait donc son entrée dans le salon des Montréalais. Les clubs perdent ainsi de leur attrait. L’arrivée de Jean Drapeau n’est pas la meilleure nouvelle. Le maire de Montréal entreprend un ménage des nombreux clubs du centre-ville.

Aujourd’hui, rues de la Montagne et Saint-Antoine, l’ambiance qui régnait lors­que Oliver Jones a fait ses débuts au St-Michel n’est plus qu’un souvenir. Les Glorieux ont traversé la rue et ont troqué le piano pour le disque.

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